17 morts et plusieurs dizaines de blessés dans une attaque de drone en provenance du Soudan

Perpétrée dans la soirée du mercredi 18 mars à Tiné, une ville de l’est du Tchad située à la frontière avec le Soudan, l’attaque est imputée à un drone des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) qui combattent l’armée soudanaise depuis le mois d’avril 2023. À l’issue d’un conseil de défense et de sécurité qui s’est tenu dans la nuit, le président tchadien Mahamat Idriss Déby a ordonné à l’armée tchadienne de « riposter à toute attaque provenant du Soudan ».
Un drone en provenance du Soudan a fait 17 morts et plusieurs dizaines de blessés graves dans la soirée du mercredi 18 mars dans la ville frontale de Tiné, au Tchad. Selon une source militaire qui l’a confirmée à l’AFP, l’attaque a été perpétrée par un « drone de FSR », les paramilitaires des Forces de soutien rapide qui combattent l’armée au Soudan voisin.
« Nous n’avons pas pu identifier qui en est l’auteur »
Gassim Chérif, ministre de la Communication, explique, lui, au micro de notre correspondante à Ndjamena, Nadia Ben Mahfoudh : « C’était une attaque de drones et c’étaient des citoyens tchadiens qui étaient dans un lieu de recueillement, une place mortuaire. Et donc, pour le moment, nous n’avons pas pu identifier qui en est l’auteur. Et donc des investigations sont en cours pour identifier qui est à l’origine de cette attaque de drone. »
Le porte-parole du gouvernement tchadien condamne : « Ce n’est pas la première fois que ce genre d’attaque barbare et lâche est perpétré contre des paisibles citoyens tchadiens. La position du Tchad a toujours été celle d’appeler les différents belligérants à privilégier la voie du dialogue, de la paix, de la concertation. »
Droit de poursuite
Gassim Chérif poursuit : « Nous avons lancé des avertissements. Malgré toutes les démarches qui sont entreprises, les différents protagonistes n’ont pas arrêté de violer le territoire tchadien et donc les forces de défense et de sécurité sont déployées. Et là, elles sont en train d’être positionnées pour exercer le droit de riposte dans les règles du droit international : c’est-à-dire investir le territoire soudanais pour aller à la poursuite des auteurs et des complices de ces actes ignobles et barbares vis-à-vis des populations tchadiennes. »
Depuis le 15 avril 2023, le conflit au Soudan oppose l’armée du général al-Burhan aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Hemedti. Ces derniers mois, cette guerre déborde régulièrement sur le sol tchadien. Fin février et après des « incursions répétées », le gouvernement tchadien a décidé de fermer les près de 1400 km de frontière avec le Soudan.
De leur côté, les FSR ont nié, jeudi 19 mars, sur le réseau social Telegram, être à l’origine de cette attaque, en rejetant la responsabilité sur leurs rivaux de l’armée soudanaise : « Les Forces de soutien rapide condamnent avec la plus grande fermeté l’attaque terroriste perpétrée ce mercredi par des éléments de la branche armée des Frères musulmans à l’aide de drones, qui visitaient la ville de Tina en République du Tchad et qui a provoqué la mort de plusieurs civils innocents.»
Entre le Tchad et le Soudan, une frontière poreuse et difficile à contrôler
Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby, a convoqué dans la nuit de mercredi à jeudi un conseil de défense et de sécurité, ordonnant à l’armée tchadienne de « riposter à compter de cette nuit à toute attaque provenant du Soudan », selon une publication de la présidence sur les réseaux sociaux.
À la fin du mois de février déjà, une roquette propulsée depuis le Soudan avait provoqué des dégradations à Tiné où 15 militaires et 8 civils avaient déjà perdu la vie depuis fin décembre en raison du conflit, selon un décompte de l’AFP.
Le Darfour, vaste région de l’ouest du Soudan qui jouxte la frontière, est presque entièrement contrôlée par les paramilitaires du FSR depuis la prise de la ville d’El-Fasher en octobre dernier. Le 21 février, ils ont revendiqué la prise de la ville frontale de Tina, jumelle de Tiné au Tchad, dont elle n’est séparée que par l’étroit lit d’un cours d’eau le plus souvent asséché.
Au Soudan, la guerre civile a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déplacés plus de 12 millions de personnes, dont près d’un million au Tchad, selon l’ONU.


