2 ans du duo Diomaye-Sonko : Le bilan d’un pouvoir qui a changé de décor sans changer le quotidien

Le 24 mars 2024, Bassirou Diomaye Faye remportait la présidentielle sénégalaise dès le premier tour avec 54,28 % des suffrages, portant le Pastef au sommet de l’État après des années de répression et de mobilisation. Deux ans après cette victoire historique, le duo qu’il forme avec son Premier ministre Ousmane Sonko présente un bilan contrasté : des ruptures réelles dans la gouvernance et la souveraineté sur les ressources, mais une promesse sociale encore en suspens, et une cohésion au sommet de l’exécutif qui s’est progressivement effritée.
Le premier geste politique du nouveau régime aura été de commander à la Cour des comptes un audit exhaustif des finances publiques couvrant la période 2019-2024. Ce rapport, publié en février 2025, a produit l’effet d’une bombe. La dette publique, présentée comme soutenable et réalisée à 74,4 % du PIB en 2023, s’est révélée atteindre en réalité 111 % cette même année, avant de grimper à près de 119 % fin 2024 en raison de passifs non enregistrés sous l’ancienne administration. Un écart énorme confirmé par le cabinet international Forvis-Mazars, qui a plongé Dakar dans une crise de confiance avec ses partenaires financiers. La dette totale du secteur public et parapublic atteignait même 132 % du PIB à fin 2024, selon le FMI, dont environ 4 % en arrières intérieurs en attente d’audit.
Cette révélation a eu comme conséquence immédiate la suspension en 2024 d’un programme de financement du FMI d’environ 1,8 milliard de dollars, après la découverte des données falsifiées. Pour le nouveau pouvoir, l’opération « Jubanti » la mise à nu des comptes était à la fois une nécessité légale et un acte politique fort, permettant de rejeter la responsabilité des difficultés structurelles sur le régime précédent. L’opposition, elle, a vu une instrumentalisation judiciaire, une « chasse aux sorcières » destinée à neutraliser les adversaires politiques plutôt qu’à rétablir la vérité comptable.
Hydrocarbures : l’entrée dans l’ère pétrolière et gazière
Sur le terrain énergétique, les deux premières années du régime Pastef coïncident avec un tournant historique que les autorités n’ont pas créé mais qu’elles ont su accompagner et, dans une certaine mesure, infléchir en leur faveur. Le 11 juin 2024, les premières gouttes de pétrole ont été extraites du champ offshore de Sangomar, au large de Dakar. Le secteur gazier a suivi avec l’ouverture officielle du premier puits du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) le 31 décembre 2024. Ce gisement transfrontalier avec la Mauritanie, développé avec le britannique BP, constitue l’une des plus importantes découvertes gazières d’Afrique de l’Ouest en eaux profondes.
Les résultats macroéconomiques ont été immédiats. La croissance atteint 12,1 % au premier trimestre 2025 grâce à l’entrée en production des champs Sangomar et GTA. Sur l’ensemble de l’année, la croissance réelle du PIB devrait atteindre environ 7,9 % en 2025, avec une inflation maîtrisée autour de 1,4 %. Mais cette performance cache une réalité moins reluisante. En effet, hors pétrole et gaz, la croissance projetée n’atteint que 3,8 %, confirmant le risque d’une économie dualiste où la mannne énergétique masque la stagnation des autres secteurs.
Le gouvernement a par ailleurs engagé un bras de fer symbolique avec les opérateurs étrangers. L’administration fiscale a réclamé 62,5 millions d’euros de taxes…



