La crise étudiantine révèle des conditions de vie alarmantes

(SenePlus) – Dans le quartier populaire de la Médina à Dakar, l’heure du déjeuner est devenue un véritable casse-tête pour les étudiants. “Nous avons cotisé 200 francs chacun. Comme nous sommes 14, ça fait 2800 francs”, témoigne un étudiant présenté par TV5Monde dans un reportage diffusé mercredi 18 février 2026.
Depuis les affrontements du 9 février et la mort tragique d’un étudiant, le campus universitaire est fermé. Ce mardi, les étudiants ont déclenché une grève de trois jours, rapporte TV5Monde. Au cœur du conflit : la question des bourses et, plus largement, les conditions de vie précaires de milliers d’étudiants sénégalais.
Les images du reportage de TV5Monde révèlent une réalité glaçante. Inscrits à l’Université Cheikh Anta Diop, plusieurs étudiants originaires de Tambacounda, dans l’est du pays, à près de 400 km de la capitale, partagent à 24 un appartement de seulement trois pièces. “Au salon, on dort 15 sur trois lits, c’est trop compliqué”, confie l’un d’eux à la caméra.
Leur budget étant limité, ces étudiants n’ont d’autre choix que de mutualiser les frais. “On mange au campus social, maintenant l’université est fermée. Du coup, on cotise pour manger, sinon ça devient compliqué car on ne gagne pas les mois”, explique un autre étudiant.
C’est la suppression du versement des arrivés de bourse, correspondant à plusieurs mois impayés, qui a mis le feu aux poudres, selon TV5Monde. Mustapha Ba, étudiant en master, devait ainsi percevoir 515 000 francs CFA (environ 785 euros), une somme cruciale pour financer ses études.
“Priver un étudiant de bourse, c’est l’amputer en fait, parce qu’il risque de ne pas continuer l’année, car déjà les parents n’ont pas les moyens. Sachant qu’au Sénégal, 90 % des familles règlent la dépense du jour au lendemain”, déplore-t-il dans le reportage.
Une histoire de tensions récurrentes
L’Université Cheikh Anta Diop est depuis des décennies le théâtre de tensions entre étudiants et forces de l’ordre, rappelle TV5Monde. Si certaines manifestations avaient parfois une dimension politique, notamment après l’indépendance, les revendications présagent de manière récurrente sur les conditions de vie sur le campus. C’était déjà le cas en 1968, comme dans les années 2000 sous la présidence d’Abdoulaye Wade.
“Cette fois-ci, avec aussi la démographie estudiantine qui s’accélère, le mouvement étudiant pose des revendications liées au retard des bourses, aux conditions de logement, etc. Donc vous voyez que cette fois-ci, le mouvement est moins idéologique que nous l’avions connu dans les années précédentes, et c’est ce type de mouvement-là d’étudiants qui existe jusqu’à nos jours”, analyse un enseignant participant par TV5Monde.
Pour cet enseignant, la bourse au Sénégal ne se limite pas à soutenir les études. Elle remplit également un rôle social crucial dans un pays où l’immense majorité des familles vivent au jour le jour. Il insiste sur l’urgence de trouver une solution à cette question dans le cadre d’une concertation nationale.
Alors que le campus social reste fermé depuis une semaine et que les universités sont paralysées, l’inquiétude gagne de nombreux étudiants quant à la poursuite de leur année académique.



