Société, Culture

[ Contribution] L’IA AU CŒUR DE LA GOUVERNANCE PUBLIQUE SENEGALAISE :Entre espoirs de progrès et impératifs éthiques

Le Sénégal, comme de nombreux autres États, concentre toute son attention sur l’intelligence artificielle comme outil de modernisation de son administration. De l’amélioration de l’efficacité des services sociaux à l’optimisation du ciblage fiscal, les algorithmes offrent un potentiel d’augmentation significatif de l’efficacité. Pourtant, ce sont ces avancées numériques qui suscitent de profondes inquiétudes quant à la transparence, la traçabilité et l’équité des décisions automatisées et les fondements éthiques de cette technologie en tant qu’innovation.

 

L’intégration croissante de l’intelligence artificielle (IA) dans la gouvernance publique est en cours, et le Sénégal ne fait pas exception à ce processus. Conscientes du potentiel de transformation de l’IA dans la société, les autorités sénégalaises mettent activement en œuvre cette approche, l’intégrant à chaque étape de leurs stratégies de développement.

 

Suivant la Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle (SNIA) 2023-2028, établie par le Ministère de la Communication, des Télécommunications et de l’Économie Numérique, le Nouveau Pacte Technologique, une stratégie agressive visant à centraliser la technologie numérique au cœur de la gouvernance publique, a été lancée en février 2025. Cette stratégie vise à exploiter l’IA comme un moteur clé du développement inclusif et durable. Elle met en avant les secteurs prioritaires dans lesquels l’IA devrait jouer un rôle de premier plan notamment l’agriculture, la santé, l’éducation et, bien sûr, l’administration publique.

 

L’IA au service de l’efficacité administrative : des exemples concrets au Sénégal

 

L’IA dans l’administration publique est polyvalente dans son application et se concentre principalement sur l’efficacité des services et l’utilisation efficace des ressources. Elle vise également à intégrer l’IA dans les politiques et fonctions locales, améliorant la transparence, la responsabilité et la redevabilité.

 

Le Programme National de Bourses de Sécurité Familiale (PNBSF) est à l’avant-garde des services sociaux pour cette raison. Ce programme essentiel, basé en grande partie sur le Registre National Unique (RNU), sélectionne les bénéficiaires dont l’aide est cruciale pour protéger les familles pauvres. Les algorithmes permettent dans ce cas de rendre le processus de sélection plus pratique et d’éviter les erreurs d’inclusion ou d’exclusion, afin que l’aide soit distribuée plus efficacement.

De nouvelles remarques, faites spécifiquement par le Premier ministre Ousmane Sonko après le Conseil des ministres du jeudi 11 décembre 2025, révèlent un souhait de recentrer l’attention de ces bourses et de renforcer le ciblage pour garantir l’équité et minimiser tout biais.

La Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) a entrepris une numérisation accélérée des impôts, mettant en œuvre des systèmes de déclaration et de paiement électroniques. En plus de la simple dématérialisation, l’IA est également envisagée comme un croisement intelligent des données foncières et fiscales, une arme importante dans la lutte contre l’évasion fiscale et la génération de revenus des entités étatiques. Des travaux de modernisation sont également en cours pour automatiser certains contrôles selon le profil de risque pour permettre à la DGID de mieux cibler les contribuables à risque ainsi que de se concentrer sur les efforts de recouvrement.

 

Le développement de l’IA a également stimulé le secteur agricole, qui est un secteur clé de l’économie. Des sociétés telles que l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) et le Bureau d’Analyse Macroéconomique (BAME) recherchent l’intelligence artificielle (IA) et les informations basées sur les satellites pour évaluer les rendements agricoles et affiner les subventions aux agriculteurs. Cela permet une meilleure planification agricole, une gestion plus efficace des ressources et une réponse plus rapide aux défis climatiques.

 

À une plus grande échelle, la plateforme « Services Sénégal » capte l’ambition de l’État de dématérialiser de nombreux processus administratifs, rendant l’accès aux services publics plus accessible et plus rapide pour les citoyens. De telles initiatives, en théorie du moins, ne sont que les premiers pas vers une transformation plus fondamentale, dans laquelle l’IA sera utilisée pour améliorer la gestion des infrastructures, la planification urbaine et même la sécurité publique.
 

Les promesses d’efficacité face aux risques d’opacité et de biais

 

Les avantages potentiels de l’efficacité de l’IA pour une gouvernance publique peuvent être perçus dans la gouvernance publique efficace activée par l’IA en surmontant la transparence de l’IA. Réduire le temps de traitement des dossiers, optimiser les ressources rares, recevoir plus de recettes fiscales et plus d’ouverture à la propriété foncière, tous ces avantages peuvent contribuer à transformer positivement la relation de l’État avec ses citoyens. L’IA a le potentiel d’aider à faciliter une administration plus réactive, individualisée et, dans son fonctionnement, plus équitable.

 

Pourtant, cette progression technologique s’accompagne de défis et de risques, notamment autour de l’opacité et des biais algorithmiques. L’un des principaux dangers est que les algorithmes eux-mêmes seraient comme une sorte de boîte noire, leur fonctionnement interne, souvent incompréhensible même pour les experts, en fin de compte. L’opacité rend difficile, voire impossible, pour un citoyen de savoir pourquoi une règle sur ces problèmes aurait été prise parce que la décision pourrait être le résultat d’une automatisation, purement automatisée, ou en essence, complètement automatisée. Le manque de transparence dans les critères de sélection ou de ciblage, au Sénégal, et ailleurs, peut entraîner une perte de confiance du public dans l’administration. Le risque de discrimination automatisée est un autre facteur clé.

 

Parce que les algorithmes sont entraînés sur des données historiques, qui sont représentatives des inégalités existantes ou des formes de biais auxquelles la société est confrontée, ces algorithmes peuvent parfois être biaisés, renforçant les biais ou même les amplifiants. Un algorithme de ciblage des prestations sociales, par exemple, pourrait exclure des populations véritablement vulnérables en raison d’une mauvaise conception ou de données inadéquates, générant ainsi de nouveaux modes d’injustice sociale.

 

Le cas du RNU, bien que visant une meilleure équité, doit être constamment audité pour s’assurer qu’il ne génère pas de biais involontaires. Alors que le ciblage par algorithmes a désavantagé certains sous-ensembles de la société, tels que les mères les célibataires et les personnes handicapées dans des cas spécifiques dans d’autres environnements, d’autres le trouven…


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