De l’ombre de la cellule à la lumière du cœur

“Je viens de quitter le Pavillon Spécial. L’air y est souvent lourd, chargé du silence de ceux qui souffrent doublement : dans leur chair et dans leur liberté. J’y suis allé rendre visite à l’honorable Mouhamadou Ngom, celui que tout le Sénégal connaît sous le nom de Farba. Cela fait un an que cet homme est privé de sa famille.
Je suis venu réconforter un prisonnier. J’ai trouvé un croyant.
Devant moi, je ne voyais pas un homme brisé par la dureté du confinement, ni un patient vaincu par le destin. J’ai trouvé un homme digne, traversant son épreuve avec un stoïcisme qui force l’humilité. Mouhamadou Ngom ne subit pas son destin, il l’accepte avec la foi de ceux qui savent que le temps des hommes n’est pas celui de Dieu.
Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est le contenu de nos échanges. Je m’attendais à entendre les récriminations légitimes d’un malade, à entendre le cri d’une liberté confisquée. Il n’en était rien. Ses paroles pénétrèrent les hauts murs du Pavillon Spécial. Il ne m’a pas parlé de lui. Il m’a parlé de toi. Il m’a parlé de nous. Ses préoccupations ne portaient ni sur son cas ni sur sa détention, mais entièrement sur le quotidien des Sénégalais, la difficulté de la vie et l’horizon de notre jeunesse.
Dans cette nuit d’incarcération, une autre vertu brillait : celle de la constance. Sa fidélité à son leader, Macky Sall, s’est exprimée tout au long de notre entretien avec une conviction inébranlable. Là où les rigueurs de la prison brisent souvent les alliances et font vaciller les amitiés, j’ai vu un homme dont la loyauté reste intacte. Mouhamadou Ngom prouve aujourd’hui que son engagement est un principe de vie, un code d’honneur qui ne s’efface pas dans l’adversité.
Mais c’est en évoquant sa terre que l’armure du prisonnier a laissé place à l’émotion pure. Il m’a raconté, avec une sincérité désarmante, combien ma visite du 11 février à Agnam, sa ville, l’avait profondément touché. A ses yeux, aller voir ses proches, consoler sa communauté et sa famille, a infiniment plus de valeur que venir le voir, entre quatre murs. J’ai compris à ce moment-là que l’âme du maire n’est pas captive dans le Pavillon Spécial : elle respire en Agnam, parmi les siens.
Lorsqu’un homme, du fond de sa cellule, affaibli par la maladie, oublie sa propre douleur pour se soucier de son pays, honore la parole donnée à ses alliés, et trouve son seul réconfort dans le soutien apporté à sa communauté, il nous donne une émouvante leçon d’humanité.
Nous pouvons être d’accord ou pas d’accord avec le politicien. C’est la règle de la démocratie. Mais face à cette loyauté stoïque et à ce dévouement charnel à sa terre, il n’y a plus de camps partisans. Il ne reste que notre humanité commune.
Le Sénégal que nous aimons, cette terre de « Teranga » et de pardon, n’a jamais grandi en ignorant la souffrance de ses enfants. Il est temps pour notre nation de rappeler que la justice la plus forte est celle qui sait faire place à la clairvoyance, au discernement et à la clémence.
Pour Farba, pour Agnam et pour l’âme de notre justice, que la lumière de la raison éclaire enfin nos consciences.
Talla SYLLA



