Abdoulaye Ba : La demande de réformes structurelles*

La disparition d’Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de médecine dentaire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a profondément ému la nation. Les informations fournies par le procureur indiquent que sa mort résulte d’une chute du quatrième étage alors qu’il tentait d’échapper à un incendie. La justice doit établir avec rigueur les éventuelles responsabilités. La vérité reste un préalable essentiel.
Au-delà des circonstances, ce drame met en lumière d’anciennes fragilités structurelles. Les crises universitaires au Sénégal résultent d’une croissance de masse incontrôlée, d’une concentration excessive d’étudiants à Dakar, d’une politisation récurrente du campus et d’une gouvernance trop souvent guidée par l’urgence plutôt que par la stratégie. L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar accueille aujourd’hui un nombre d’étudiants supérieur à sa capacité réelle ; le campus social reste sous pression constante. Dans un tel environnement, la moindre tension peut dégénérer. Cette situation appelle des décisions structurantes.
La réforme territoriale semble être une voie sérieuse. La relocalisation progressive de certaines facultés permettrait de désengorger Dakar et de mieux répartir l’offre universitaire sur le territoire. Diamniadio a sous-utilisé les infrastructures modernes, y compris le bâtiment initialement conçu pour accueillir les Nations Unies. Leur reconversion mérite d’être envisagée.
Un pôle judiciaire intégré pourrait regrouper la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP), les écoles professionnelles spécialisées ainsi que le tribunal de Dakar. Un pôle économique pourrait regrouper la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG), des écoles d’administration et une plateforme d’incubation de start-up. Une telle organisation renforcerait la cohérence entre la formation académique et l’expérience pratique.
Le site historique de Dakar gagnerait à être recentré sur des secteurs stratégiques comme la Faculté de Médecine, Pharmacie et Odontologie-Stomatologie (FMPOS), nécessitant des plateaux techniques spécialisés. Les secteurs de la Faculté des lettres et des sciences humaines (FLSH) et de la Faculté des sciences et technologies (FST) pourraient être développés en région dans le cadre d’une politique nationale planifiée de développement universitaire.
La réforme est également académique. L’université est appelée à concilier accessibilité et exigences. Une réglementation contrôlée du personnel, une orientation plus rigoureuse et une sélection basée sur le mérite sont essentielles. L’accès ne peut pas être automatique pour tous les diplômés du secondaire ; elle suppose des critères clairs d’aptitude et d’orientation.
Notre modèle de formation mérite également d’être rééquilibré. Le pays a besoin de compétences techniques concrètes : électricité, mécanique, plomberie, réfrigération et climatisation, carrelage, maçonnerie, maintenance industrielle, agriculture moderne, intelligence artificielle. Une formation technique de courte durée, suivie d’une expérience significative avant un accès sélectif à l’enseignement supérieur, permettrait une meilleure adéquation avec les besoins productifs.
La gouvernance universitaire constitue un autre chantier prioritaire. Il appartient au Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD) d’assurer la sécurité des infrastructures et un cadre de vie apaisé. Le campus doit rester un espace consacré au savoir, à l’abri des clivages politiques, religieux ou identitaires. Les forces de sécurité sont appelées à intervenir de manière coordonnée et anticipée afin d’éviter toute perte humaine.
La décision du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Bamba Cissé, de relever certains responsables hiérarchiques de leurs fonctions constitue un signal institutionnel fort. Elle nous rappelle que dans un État de droit, toute autorité implique une responsabilité.
La mort d’Abdoulaye Ba ne peut pas devenir un épisode de plus. Cela peut marquer un point d’inflexion. Se souvenir de soi est un devoir ; stabiliser durablement notre université par des décisions cohérentes est désormais une exigence nationale.
Abdoulaye DIENG*
Entrepreneur



