Société, Culture

Projet DAHIRAS : Le CUDIS veut faire des dahiras des pôles de développement communautaire

Le Cadre Unitaire de l’Islam au Sénégal (CUDIS) a procédé vendredi à l’Institut Islamique de Dakar au lancement officiel de son nouveau « Projet DAHIRAS ». Cette initiative d’envergure nationale prévoit la formation de plus de 20 000 dahiras et associations religieuses sur deux ans. L’organisation en a profité pour proposer une « Semaine nationale du vivre-ensemble » et clarifier sa position sur les débats de société en cours.

« Face aux mutations profondes que traverse notre pays, nous avons voulu, à travers cette initiative, aller au-delà de la simple observation et de l’analyse passive », a expliqué le coordonnateur du projet, Cheikh Ahmed Tidiane Sy. L’objectif est clairement affiché : « transformer la formidable vitalité associative de nos communautés religieuses en un levier concret de développement et de consolidation citoyenne ».

Le projet entend ainsi faire de ces espaces religieux bien plus que de simples lieux de prière. Les dahiras sélectionnées deviendront « de véritables espaces de spiritualité et d’instruction mais aussi d’éducation citoyenne, de formation professionnelle, d’inclusion économique, notamment pour les femmes rurales et les jeunes, et de résilience financière ».

Une approche qui puise ses racines dans la culture religieuse sénégalaise, en s’appuyant sur des concepts fondamentaux tels que la Khidma (le service désintéressé pour la société) et le célèbre triptyque « JA-JU-BA » : Jàng (éducation), Julli (spiritualité) et Bay (économie), présenté comme un modèle de développement endogène adapté aux réalités locales.

Au-delà de ce projet structurant, le CUDIS a saisi cette tribune pour alerter sur les menaces qui pèsent selon lui sur la cohésion sociale. Le président du CUDIS, Serigne Abdou Aziz Mbacké Majalis, a ainsi proposé l’organisation prochaine d’une « Semaine nationale du vivre-ensemble au Sénégal ».

« Le principe serait de revisiter nos valeurs éthiques, religieuses et morales de base, pour faire face aux différents fléaux qui gangrènent notre société », a-t-il déclaré. Pertes de valeurs, dérives sur les réseaux sociaux, violences, discours de haine et d’exclusion : autant de maux que cette semaine inédite entend combattre à travers des activités organisées « un peu partout à travers le pays, dans les écoles, les organisations communautaires et les médias ». Ainsi, l’objectif est de « renforcer l’attachement à nos valeurs éthiques, de même que les liens qui unissent les citoyens sénégalais, au-delà de leur diversité et différences, qu’elles soient religieuses, ethniques ou politiques ».

Saisissant l’occasion de l’actualité récente, le CUDIS a également tenu à clarifier sa position sur les affaires liées à la moralité publique, notamment les cas d’homosexualité et de transmissions volontaires du VIH qui ont défrayé la chronique ces dernières semaines. L’organisation religieuse a été condamnée avec fermeté « les pratiques sociales en contradiction flagrante avec les mœurs et la foi de l’écrasante majorité des Sénégalais », déplorant qu’elles n’épargnent désormais « aucun milieu social : médias, célébrités, écoles, enfants de la rue, daaras, milieu religieux ».

Le CUDIS a salué l’initiative de l’État du Sénégal qui a récemment adopté en Conseil des ministres un projet de loi visant à renforcer et étendre l’arsenal juridique en la matière. Une démarche jugée « salutaire » car elle traduit « la volonté souveraine du peuple sénégalais et sa vision du monde ».

Toutefois, l’organisation insiste sur la nécessité d’accompagner ce renforcement législatif par des stratégies éducatives et culturelles portées par l’ensemble des forces vives de la nation. « Au-delà de la seule répression, la prévention et l’éducation dans la famille (kër gi), à l’école (ekool bi), dans la rue (mbedd mi) et sur les médias constituant des leviers autant ou même plus importants pour juguler ces fléaux sur le long terme », précise le CUDIS.

Le CUDIS considère que « la préservation des valeurs sociétales, de la cohésion nationale et de la souveraineté culturelle constitue un impératif stratégique pour la stabilité et l’avenir du Sénégal ».

L’organisation se dit prête à contribuer, « dans un esprit de responsabilité, de dialogue et de prospective, à toute réflexion nationale visant à consolider les fondements moraux, sociaux et institutionnels de la nation ». Elle appelle l’État à coopérer activement avec les éducateurs et les religieux « dont le rôle dans la préservation des valeurs cardinales et de la stabilité sociale n’est plus à démontrer ».

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