Qui va se salir pour Macky ?

Macky Sall, candidat au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies ? Est-ce un fantasme ? Est-ce une réalité ? Ce qui est pour le moins constant, c’est que des chefs d’Etat et dirigeants d’organisation internationale l’ont sollicité pour qu’il se présente à la succession d’Antonio Guterres. Et c’est l’intéressé qui le dit. En effet, l’ors d’un entretien accordé à la chaîne YouTube H5 Motivation en septembre 2024, l’ancien Président sénégalais avait confirmé ce que beaucoup prédisaient depuis plusieurs mois : son nom circule bel et bien parmi les personnalités pressées pour occuper le poste de Secrétaire général des Nations unies. «Il est vrai que beaucoup de personnes, de pays, pensent que je devrais pouvoir candidater au poste de Secrétaire général de l’Onu», avait reconnu Sall, tout en précisant qu’il n’avait, pour l’instant, pris aucune décision officielle. Outre la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies, plusieurs autres personnalités internationales se sont également positionnées. Parmi elles, l’ancienne Première ministre néozélandaise, Helen Clark, ainsi que Michelle Bachelet, ex-Présidente du Chili.
Sauf que maintenant, il a pris une décision et l’a formellement annoncée à travers une lettre envoyée au président de la République Bassirou Diomaye Faye le 9 février dernier (lettre conservée malheureusement sans suite). A l’évidence, Macky Sall a fait le choix de se porter candidat au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Pour officialiser sa démarche, il a prévu une correspondance au Président actuel du Sénégal, afin de l’informer de sa volonté de briguer cette fonction prestigieuse s’il a le soutien de son pays. D’après certains de ses proches, Macky Sall n’est pas fermé à l’idée, même s’il n’est pas candidat candidat, mais poserait deux conditions.
Diomaye et Sonko dans le Layam layami
La première est naturellement le soutien du Sénégal, et il s’est résolu à saisir éventuellement son successeur. Cette saisine de Diomaye résulterait de propos que ce dernier aurait tenu devant le Président Denis Sassou Nguesso. En visite officielle au Congo, la candidature de Macky Sall a été évoquée entre les deux présidents, et Diomaye aurait fait savoir à son hôte qu’il en entendait parler, mais le principal concerné ne l’a pas saisi dans ce sens. D’où la suggestion faite à Macky de s’en ouvrir à Diomaye. Ce qui fut fait le 9 février dernier. La seconde condition de Macky Sall a un trait à la constitution d’une candidature consensuelle au-delà de l’Afrique, c’est-à-dire dans le Sud global (Afrique, Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, etc.) pour porter les réformes nécessaires à l’organisation onusienne. En réalité, Macky Sall s’appuie sur son parcours politique et son expérience à la tête du Sénégal pour insister sur la nécessité de renforcer la représentation africaine au sein de l’Onu. Selon lui, il est essentiel que le continent africain soit davantage impliqué dans les grandes orientations et décisions de l’organisation. Sa candidature s’inscrit ainsi dans une volonté d’apporter une voix africaine forte et de défendre les intérêts du continent à l’échelle internationale. D’ailleurs, l’Union africaine a clairement affiché son soutien à la candidature de Macky Sall. L’organisation panafricaine met en avant le parcours et l’expérience de l’ancien Président sénégalais, estimant qu’il possède toutes les qualités requises pour défendre efficacement les intérêts de l’Afrique au sein de l’Onu. En s’appuyant sur le leadership de Macky Sall, l’Union africaine espère de la sorte renforcer la représentation du continent dans les hautes instances internationales, et faire entendre une voix africaine forte sur les grandes questions mondiales.
Toutefois, pendant que la presque totalité des pays africains et même ailleurs font des pieds et des mains pour voir l’ancien Président sénégalais à l’Onu, les tenants actuels du pouvoir font dans le louvoiement (Layam layami). L’absence constatée du Président Bassirou Diomaye Faye lors du Sommet de l’Union africaine a été interprétée par de nombreux observateurs comme une manière d’éviter de donner une réponse précise aux chefs d’Etat africains concernant le soutien du Sénégal à la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Ce comportement, assimilé à une forme de fuite, souligne la complexité de la situation politique actuelle au Sénégal, et met en lumière le manque d’engagement officiel de la partie du Président en exercice. Cette attitude contraste fortement avec l’engouement manifesté par plusieurs dirigeants africains en faveur de Macky Sall, désigné comme le candidat idéal pour représenter le continent à l’Onu.
Et que dire de la position de l’émissaire de Diomaye ? Le Premier ministre Ousmane Sonko a déclaré n’avoir reçu aucun mandat pour discuter de la candidature d’un de ses compatriotes à ce poste. Comme s’il voulait dire : « Sur le sujet, Diomaye n’a qu’à se salir les mains et prendre ses responsabilités. J’ai assez pris pour lui.»
La situation actuelle demeure marquée par une absence de position tranchée des locataires du pouvoir au Sénégal. Comme à l’accoutumée, on se retrouve dans une posture hésitante, ni totalement favorable ni franchement opposée, illustrant cette tendance à naviguer entre deux eaux, sans prendre de véritable engagement. Dans ce contexte, il est prévisible que les porte-parole officieux de Pastef (Wally Diouf Bodian, Guy Marius Sagna, Seydi Gassama, Bara Ndiaye…) continueront à produire leurs propres analyses, alimenteront les polémiques et détourneront l’attention vers d’autres adversaires, ainsi tout débat de fond sur la question. Par conséquent, on s’abstiendra soigneusement d’apporter à l’Union africaine une explication précise quant au refus de soutenir la candidature de Macky Sall. Cette absence de clarté permet d’éviter des interrogations gênantes, car formuler une justification explicite risquerait de soulever des questions auxquelles il serait difficile de répondre sans générer un malaise supplémentaire en interne.
Il faut dire que Macky Sall a vraiment mis ce pouvoir dans une situation très inconfortable. En effet, la stratégie adoptée par Macky Sall, à travers sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations Unies, s’avère particulièrement subtile et complexe pour le gouvernement actuel, ainsi que pour la majorité issue de Pastef. En conditionnant explicitement sa démarche au soutien officiel du Sénégal, et donc du régime en place, il place les nouvelles autorités devant un choix cornélien.
Effectivement, un éventuel soutien du régime à cette candidature risquerait de provoquer le mécontentement de la base militante de Pastef, qui demeure critique à l’égard de Macky Sall et particulièrement à propos de son bilan immatériel. A l’inverse, un refus de soutenir l’ancien Président pourrait lui conférer le statut de victime, lui permettant ainsi de gagner la sympathie d’une large frange de l’opinion publique, notamment celle que l’on qualifie souvent de majorité silencieuse. Cette dynamique pourrait renforcer sa légitimité pour une éventuelle candidature lors des élections de 2029, lui offrant un nouveau souffle politique.
Toutes les questions lui sont favorables
Ce dilemme est d’autant plus aigu dans le contexte socio-économique difficile qui traverse actuellement le pays. Face à cette situation, la solution la moins risquée pour le pouvoir consisterait à accorder son soutien à Macky Sall, ce qui aurait pour effet de l’éloigner de la scène politique nationale et de le disqualifier de fait pour les prochaines échéances électorales. Un tel choix pourrait également s’accompagner d’un accord tacite ou explicite entre les parties, dans l’intérêt de stabiliser le contexte politique sénégalais.
Mais il faut admettre que Macky Sall a déjà gagné, car il a déjà marqué l’histoire. Qu’il soit Secrétaire général de l’Onu ou pas importer peu finalement. Ainsi, même dans l’hypothèse où sa candidature n’aboutirait pas à l’obtention du poste, Macky Sall bénéficierait d’un regain de légitimité et d’une image restaurée auprès de l’opinion publique. A l’inverse, si sa candidature est à ce sujet et qu’il accède effectivement au poste convoité, il réaliserait un double gain : non seulement il serait réhabilité sur la scène nationale, mais il obtiendrait également une consécration internationale majeure. Cette stratégie fait donc de sa candidature un pari où chaque issue lui est favorable.
Au plan interne, il a l’une des meilleures carrières politiques, en occupant les plus hautes fonctions dans son pays. Si Sassou Nguesso, Ouattara, Kagame, entre autres, savent pourquoi ils doivent soutenir Macky, pour que l’Afrique en tire intérêt bien évidemment, et qu’en même temps Diomaye reste figé à l’époque 2021-2024, cela voudrait tout simplement dire que le régime actuel n’a pas le sens de l’histoire.
Un Sénégalais au poste de Secrétaire général des Nations Unies, dans un pays «normal», une telle initiative ne devrait même pas faire l’objet d’un débat, tant elle représente une opportunité de rayonnement pour le Sénégal sur la scène internationale. La présence d’un Sénégalais à la tête de l’Onu serait une vitrine exceptionnelle pour la démocratie sénégalaise, offrant au pays une reconnaissance mondiale, ainsi que de nombreuses opportunités, notamment en termes d’image et d’emplois. Soutenir la candidature de Macky Sall, influencer les clivages politiques, devrait aller de soi. L’État doit se placer au-dessus des querelles partisanes et des rivalités passées, afin de privilégier l’intérêt supérieur du Sénégal. Ainsi, le débat autour de ce soutien apparaît comme un révélateur des tensions et divisions qui traversent la société, alors même que d’autres pays africains voient dans cette candidature une chance de renforcer la voix du continent à l’échelle mondiale.



