Société, Culture

la stratégie de Téhéran pour paralyser une cinquième de l’offre pétrolière mondiale

L’envoi par Washington de son plus imposant bâtiment de guerre dans les eaux du Golfe a déclenché une réaction immédiate de Téhéran. En ciblant le détroit d’Ormuz, par lequel transite une partie massive des hydrocarbures mondiaux, la République islamique brandit une menace capable de déstabiliser l’ensemble de l’économie internationale.

Le porte-avions à propulsion nucléaire USS Gerald R Ford fait actuellement route vers le Golfe, marquant l’un des plus importants déploiements militaires américains dans la région procédé depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Face à cette pression de Washington, les autorités iraniennes ont ce mois-ci à des exercices militaires à balles réelles, entraînant la fermeture temporaire de certains secteurs du détroit d’Ormuz. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette manœuvre inédite constitue un avertissement direct quant aux conséquences économiques d’une éventuelle frappe américaine sur le sol iranien.

Le détroit d’Ormuz, large de seulement 33 kilomètres à son point le plus resserré, relie le Golfe à la mer d’Oman. Malgré son étroitesse, il accueille les plus grands navires pétroliers de la planète. Les données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) indiquent qu’en 2024, environ 20 millions de barils de pétrole y ont transité chaque jour, générant un commerce annuel évitant les 500 milliards de dollars. Ce couloir est également crucial pour le gaz naturel liquéfié (GNL), voyant passer une cinquième des expéditions mondiales, dont la grande majorité provient du Qatar.

Sur le plan juridique, les couloirs de navigation de cette zone se situent entièrement dans les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman. Pour entraver le trafic de quelque 3 000 navires mensuels, Téhéran dispose d’une flotte de bateaux d’attaque rapide équipés de missiles antinavires, de sous-marins et de mines navales. La situation pourrait être aggravée par une coordination régionale. Au Yémen, le groupe Houthi, allié de l’Iran, a récemment multiplié les rassemblements sous le slogan d’une préparation à la confrontation, soulevant la possibilité d’un blocage simultané du détroit de Bab el-Mandeb, autre porte d’entrée stratégique de la mer Rouge.

Une telle perturbation aurait des répercussions immédiates sur les marchés mondiaux. Colby Connelly, directeur du contenu Moyen-Orient chez Energy Intelligence, a expliqué à Al Jazeera qu’une fermeture, même partielle, propulserait rapidement les prix du baril à plus de 100 dollars, les capacités de production de rechange étant concentrées à 70 % dans le Golfe. Les pays asiatiques seraient les premiers touchés : la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud absorbant 69 % du brut traversant Ormuz. Samuel Ramani, chercheur associé au Royal United Services Institute, souligne que cette dynamique entraînerait des effets inflationnistes sévères à l’échelle mondiale, menaçant par la même occasion les investissements régionaux, notamment les projets de la Vision 2030 en Arabie saoudite.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button