Société, Culture

Quand le « coming-out » bascule leur famille dans un état post-traumatique

En faisant leur « coming-out » devant les enquêteurs de la gendarmerie c’est-à-dire affirmer sur procès‐verbal leur orientation sexuelle ou identité de genre, Pape Cheikh Diallo, Djiby Drame, lbrahima Magib Seck et cie sont poursuivis pour association de malfaiteurs, actes contre nature, transmission volontaire du VIH/Sida et mise en danger de la vie d’autrui. En prison, ils errent dans les couloirs de la mort sociale pour rupture brutale des liens familiaux et professionnels, entraînant une perte d’identité et d’utilité sociale. Pendant ce temps, leurs familles sont basculées dans un état de post‐traumatique.

Deux semaines après l’arrestation de Pape Cheikh Diallo, Djiby Dramé, Ibrahima Magip Seck et autres, la répression persistante de l’homosexualité est encore marquée par des interpellations et inculpations massives. Ils étaient jusque‐là enfermés et piégés dans un cercle vicieux par peur des condamnations sociales, incluant la stigmatisation, la violence et la répression pénale (jusqu’à 5 ans de prison pour « actes contre nature »). Si les enquêteurs de la gendarmerie sur instruction de l’intraitable procureur de Pikine‐ Guédiawaye, Saliou Dicko, ont jugé inutile de mettre à nu une partie de cette communauté gay au Sénégal, c’est parce qu’il s’agit d’une question de santé publique sur fond de mise en danger de la vie d’autrui et non de stigmatisation et discrimination fondées sur leur orientation sexuelle puisque la plupart des mise en cause ont reconnu avoir transmis volontairement le VIH/Sida à travers des rapports sexuels non protégés. Morceaux choisis : « Moi, je reconnais avoir volontairement exposé plusieurs partenaires au virus Sida. J’ai eu des rapports non protégés avec une dizaine d’hommes que j’ai rencontrés via des groupes de discussion », avoue l’un d’entre eux aux enquêteurs de la Brigade de recherche de gendarmerie de Keur‐Massar. De même que l’autre comme la plupart de ses partenaires « Au cours d’une soirée partouze organisée aux Mamelles, tout était permis ! On se relayait les uns sur les autres… », déclare-t-il en substance.

Une assistance psychologique aux familles ?

Ces aveux terrifiants sur procès‐verbal sont un « coming out ». Autrement dit, une annonce volontaire de leur orientation sexuelle ou identité de genre, souvent vécue comme un acte d’aveu pour briser le secret. Certains témoignages de parents et proches de ces individus arrêtés et recueillis par « Le Témoin », laissent entendre qu’une véritable onde de choc a fracturé profondément leur structure familiale. Une demi-sœur d’une célébrité arrêtée pour actes contre nature et transmission volontaire du Vih/Sida confie : « Depuis son arrestation, sa maman refuse de s’alimenter correctement. De même que les enfants traumatisés qui ont du mal à sortir pour aller à l’école. Rien ne préparait la famille à une telle situation terrible. Nous sommes dans une société sénégalaise ayant des réalités socio‐culturelles où l’homosexualité rime avec malheur et honte. Qu’importe ! Tous les membres de la famille se sont mobilisés pour soutenir notre frère en prison, et dans le pire des cas jusque dans sa…tombe ! Juste pour dire que nous sommes à ses côtés dans cette épreuve très difficile », se désole‐t‐elle.

Le « coming out » de ces personnes arrêtées a provoqué un séisme familial, voire un véritable drame social chez certains parents et enfants entraînant un processus de « deuil » (mort sociale) sans précédent. Il est vrai que la Justice et la Médecine sont en train de combiner leurs efforts dans la répression et dans la prise en charge médicale des malades en milieu carcéral. Il est tout aussi vrai que la Médecine s’est déployée pour contrôler efficacement le VIH grâce aux dépistages systématiques et aux traitements anti‐rétroviraux rendant le virus indétectable et intransmissible sans pour autant l’éradiquer. Pendant ce temps, le ministère de l’Action sociale doit apporter une assistance psychologique aux enfants et parents de ces détenus « particuliers » souffrant de stress post-traumatique. Il ressort de nos enquêtes que depuis l’arrestation de Pape Cheikh Diallo, Djiby Dramé, Ibrahima Magip Seck et autres, leurs familles sont aussi impactées à différents niveaux, même si elles sont appelées à affronter difficilement les vicissitudes d’un « coming out » largement relayé par la presse et les réseaux sociaux.

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