l’inculpation d’un ancien Premier ministre européen révèle le surprenant statu quo des États-Unis.

La publication de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein continue de provoquer une onde de choc internationale. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, on observe actuellement une véritable fracture judiciaire : alors que plusieurs pays européens procèdent successivement à des arrestations et enregistrent des démissions, les États-Unis entretiennent une approche beaucoup plus renfermée à l’égard des personnalités évoquées.
Au Royaume-Uni, la situation s’est brusquement accélérée avec l’arrestation de Peter Mandelson. L’ancien ambassadeur britannique à Washington et ex-ministre a été interrogé par les enquêteurs sur d’éventuelles fuites d’informations gouvernementales sensibles au profit du défunt financier. Cette arrestation fait suite à celle du prince Andrew, également interrogé pour des faits similaires. Les répercussions politiques sont immédiates à Londres : la récente nomination de M. Mandelson par le Premier ministre Keir Starmer a entraîné la démission de son chef de cabinet, Morgan McSweeney. Le biographe royal Andrew Lownie souligne également que l’attention s’intensifie autour du roi Charles III concernant sa connaissance des actions de son frère.
La dynamique est similaire dans le reste de l’Europe, où la simple apparition d’un nom dans les dossiers déclenche des enquêtes formelles. En Norvège, l’ancien Premier ministre Thorbjorn Jagland a été inculpé pour « corruption grave » après des révélations sur ses séjours dans les résidences d’Epstein et la couverture de ses dépenses. La diplomatie norvégienne a également vu la démission de son ambassadrice en Jordanie, Mona Juul, tandis que la princesse héritière Mette-Marit a présenté des excuses publiques. En France, l’ancien ministre Jack Lang a quitté la direction d’une institution culturelle parisienne à la suite d’audits initiés par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. En Slovaquie, le conseiller à la sécurité nationale Miroslav Lajcak a également présenté sa démission, acceptée par le Premier ministre Robert Fico.
De l’autre côté de l’Atlantique, le contraste est saisissant. Al Jazeera indique que malgré la pression publique et les initiatives bipartites au Congrès, menées notamment par Ro Khanna et Thomas Massie pour dénoncer une « classe Epstein », la justice américaine n’a engagé aucune nouvelle procédure pénale d’envergure. Hormis Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de 20 ans de prison, aucun des huit co-conspirateurs présumés identifiés par le FBI, parmi lesquels l’ancien PDG de Victoria’s Secret Lex Wexner ou l’agent de mannequin Jean-Luc Brunel, décédé en détention en France, n’a été condamné aux États-Unis.
Cette absence de poursuites pénales traverse les administrations successives, de George W. Bush à Joe Biden, en passant par Barack Obama et le premier mandat de Donald Trump. Si des personnalités comme l’ancien secrétaire au Trésor Lawrence Summers ou le docteur Peter Attia ont dû se retirer de leurs fonctions académiques ou professionnelles suite à ces révélations, d’autres personnalités mentionnées dans les communications d’Epstein n’ont pas été formellement concernées. C’est le cas de l’ancien stratège de la Maison Blanche Steve Bannon, du secrétaire au Commerce Howard Lutnick, ou encore d’Elon Musk, qui a nié s’être rendu sur l’île privée du financier. Les anciens présidents Bill Clinton, qui a témoigné devant le Congrès, et Donald Trump, dont le nom apparaît à plusieurs reprises dans les documents, ont nié tout acte répréhensible.



