Les coulisses de la nouvelle diplomatie économique française en Afrique

(SénéPlus) – Face à la perte de vitesse de son influence économique sur le continent africain, la France tente une nouvelle offensive. L’arme n’est plus militaire ou diplomatique, mais résolument financière. Selon une information révélée par le journaliste Timour Aggiouri dans le magazine Défis le 18 février 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a discrètement activé un plan visant à mobiliser les banques françaises et européennes pour qu’elles réinvestissent l’Afrique.
L’exécutif a choisi de placer un homme d’expérience aux commandes de cette stratégie. Par un décret daté du 4 février 2026 et publié au Journal officiel, Sébastien Lecornu a confié au député du camp présidentiel (EPR) Hervé Berville une mission officielle portant sur « le financement du développement et la mobilisation du secteur financier et bancaire » en Afrique. L’ancien secrétaire d’État, qui siège également au conseil d’administration de l’Agence française de développement (AFD), a jusqu’au début du mois d’avril pour remettre sa copie.
Dans sa lettre de mission consultée par Défisle chef du gouvernement fixe un cap clair : « repenser en profondeur les instruments de financement du développement » et développer « la présence des acteurs financiers et bancaires français et européens sur le continent africain ». L’objectif est d’irriguer l’ensemble du tissu économique local, depuis les « grands projets d’infrastructures » jusqu’à « l’entrepreneuriat », en passant par les « entreprises innovantes et/ou industrielles de taille moyenne ».
En ligne de mire : le sommet Africa Forward
Pour convaincre des banques souvent frileuses à l’idée d’engager des capitaux en Afrique, Hervé Berville devra explorer des leviers techniques pointus. Le Premier ministre lui demande notamment de se pencher sur « tous les outils qui permettront le réduire les risques et donc la réduction du coût du capital, tels que les mécanismes de garantie ». Le parlementaire devra également imaginer des solutions pour « approfondir les marchés de capitaux africains et soutenir les marchés en monnaies locales », tout en s’appuyant sur la force de frappe des grandes banques multilatérales de développement (Banque mondiale, BAD, BEI…).
Cette mobilisation de l’écosystème financier hexagonal n’est pas fortuite : elle doit servir de rampe de lancement pour le grand sommet « Africa Forward », qui se tiendra à Nairobi, au Kenya, les 11 et 12 mai 2026.
Co-organisé par Emmanuel Macron et le président kenyan William Ruto, cet événement diplomatique et économique de premier plan accordera une large place à la « réforme de l’architecture financière internationale », souligne Défis. En remobilisant ses troupes bancaires, Paris espère non seulement contrer les effets du protectionnisme douanier américain, mais aussi prouver qu’elle reste un partenaire financier incontournable face à la concurrence féroce de la Chine, de la Russie ou des pays du Golfe sur le continent.



