Société, Culture

À la CPI, Mame Mandiaye Niang face à Rodrigo Duterte

(SénéPlus) – La justice internationale est en marche à La Haye, et c’est un haut magistrat sénégalais qui mène l’accusation dans l’un des dossiers les plus retenus de la décennie. Mame Mandiaye Niang, procureur adjoint de la Cour pénale internationale (CPI), a requis lundi la tenue d’un procès contre l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, accusé de crimes contre l’humanité, rapporte l’agence Reuters le 23 février 2026.

Arrêté et transféré à La Haye en mars 2025, Rodrigo Duterte, 80 ans, doit répondre de trois chefs d’accusation de meurtre en tant que crime contre l’humanité. Ces accusations découlent de sa violente campagne de répression contre le trafic de drogue aux Philippines entre 2016 et 2022.​

Lors de l’ouverture des audiences préliminaires, le procureur sénégalais Mame Mandiaye Niang s’est montré intraitable. « La soi-disant guerre contre la drogue de Duterte a entraîné le meurtre de milliers de civils, dont de nombreux enfants », at-il déclaré devant les juges de la CPI. Selon l’accusation, l’ancien dirigeant a joué un rôle « central » en créant, finançant et armant des escadrons de la mort chargés d’éliminer les trafiquants et toxicomanes présumés.

« M. Duterte doit rendre des comptes et ce dossier doit être confirmé pour qu’un procès ait lieu », a martelé Mame Mandiaye Niang, une figure respectée de la magistrature sénégalaise, propulsée sur le devant de la scène internationale et qui a d’ailleurs récemment fait l’objet de sanctions américaines pour son implication dans d’autres enquêtes sensibles de la CPI.

La défense invoque une rhétorique « non criminelle »

Face au procureur sénégalais, la défense a plaidé la détente pure et simple. L’avocat de l’ex-président, Nicholas Kaufman, a qualifié les accusations de « politiquement motivées ». Il affirme que son client a toujours agi dans le strict cadre de la légitime défense. « La rhétorique de Duterte visait à inspirer la peur et le respect de la loi. Telle était son intention, ce n’était pas criminel », a plaidé l’avocat, ajoutant que l’ex-président clamait son innocence « totale ».​

Rodrigo Duterte n’était pas présent à l’audience de lundi. Ses avocats ont fait valoir qu’il souffrait d’un « déclin cognitif » l’empêchant de comprendre la procédure, un argument balayé le mois dernier par les juges qui l’ont déclaré apte à comparer.​

Pendant que Mame Mandiaye Niang déroulait son réquisitoire, des dizaines de manifestants philippins s’étaient rassemblés devant le siège de la Cour, scandant en tagalog : « Tenez Duterte responsable ! ».

Pour la militante des droits humains Cristina Palabay, citée par Reuters, l’espoir est grand de voir les accusations confirmées. Un sentiment partagé par Sheerah Escudero, dont le frère a été tué pendant la purge. Qualifiant l’absence de l’accusé de « lâcheté », elle s’est dite convaincue que « Duterte ne pourra pas échapper à ses responsabilités ».​

Les audiences doivent s’achever vendredi. Les juges de la CPI disposeront ensuite d’un délai de 60 jours pour déterminer, sur la base du dossier défendu par le procureur, si les preuves sont suffisantes pour l’ouverture d’un procès historique.

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