Décentralisation, déconcentration et sécurité collaborative : Les trois piliers d’un Sénégal sécurisé que proposent l’ancien préfet de Dakar, Alioune Badara Diop

Alioune Badara Diop, ancien Secrétaire général du gouvernement et ancien Préfet de Dakar, était l’invité de l’émission « Convers’actions Citoyennes ». Figure expérimentée de l’administration sénégalaise, il a fait une analyse lucide et engagée sur les enjeux de la décentralisation, de la déconcentration et de la sécurité participative dans les zones frontales.
Pour Alioune Badara Diop, la question de la décentralisation ne souffre d’aucune ambiguïté. Bien conduite, elle constitue un atout indéniable pour le développement territorial. Le Sénégal dispose à cet égard d’un cadre institutionnel structuré, reposant sur deux politiques publiques distinctes mais complémentaires. La première est la décentralisation, consacrée par la Constitution, qui confère aux collectivités locales une autonomie de gestion et de décision. La seconde est la déconcentration, probablement inscrite dans l’architecture administrative lors du référendum de 2016. L’ancien Préfet de Dakar a tenu à clarifier une distinction souvent méconnue du grand public : « le maire est l’élément de la décentralisation. Le préfet, c’est l’élément de la déconcentration. » Une nuance fondamentale qui éclaire la répartition des rôles entre les représentants élus et les agents de l’État dans les territoires. Mais le constat reste nuancé. En réalité, la décentralisation ne peut produire ses effets que si les acteurs sont suffisamment préparés, équipés et accompagnés dans sa mise en œuvre.
La sécurité collaborative ou le concept à la fois ancien et novateur
C’est autour du concept de « sécurité collaborative » que s’articule l’essentiel de la réflexion d’Alioune Badara Diop. Popularisé notamment par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), ce modèle prône un dialogue structuré entre quatre catégories d’acteurs : les forces de sécurité (gendarmerie, police), les autorités administratives (préfets, sous-préfets), les élus locaux (maires), et enfin les populations elles-mêmes, représentées par leurs organisations communautaires de base (OCB) et les ONG présentes sur le terrain.
L’objectif central de cette démarche est d’identifier collectivement les défis sécuritaires dans toute leur diversité, et de veiller à ce que les risques identifiés ne se transforment pas en menaces réelles. « Si l’on parvient à faire en sorte que les risques ne deviennent pas des menaces, les populations développent une résilience qui leur permet de faire face », explique-t-il. Les ateliers menés à Tambacounda ont mis en lumière la complexité de ces défis : ils touchent tout à la fois aux questions économiques, communautaires, environnementales, foncières et sociales bien au-delà d’une conception étroite de la sécurité.
La guerre asymétrique…une menace intérieure et silencieuse
S’appuyant sur les travaux du général Momoul, Alioune Badara Diop rappelle que le monde a profondément changé dans sa façon de concevoir la menace. Finie l’époque des guerres asymétriques opposant des armées régulières sur des champs de bataille délimités. Nous vivons désormais à l’ère de la guerre asymétrique, où la menace est latente, diffuse, et souvent intérieure. « Ce n’est plus une armée qui nous affronte frontalement, mais des acteurs qui vont identifier les faiblesses économiques, sociales et religieuses des populations, tenter de les combler, et sur cette base, installer une dynamique qui leur permet de modifier progressivement le contexte sécuritaire local. » Cette analyse conduit à une conclusion majeure selon laquelle, la sécurité ne peut plus être l’apanage exclusif de l’État. Aune…



