Festival de la lutte sénégalaise à Paris et Montréal, Joindre l’utile à l’agréable

Pour les besoins du gala de lutte simple organisé le 2 mai prochain à Paris par Ibrahima Faye Beuz parrainé par l’ancien promoteur de lutte Alioune Petit Mbaye dont Gris Bordeaux et Siteu se disputeront la vedette du « grand combat », Doudou Sané et Ordinateur, deux icônes de cette forme de lutte, ne seront pas du voyage. La cause ? « Toutes mes tentatives pour trouver des adversaires aux deux champions se sont avérées vaines. J’ai contacté pas moins de dix lutteurs sans succès », révèle le promoteur. Cette dérobade traduit la peur bleue qui habite les lutteurs de l’arène (lutte avec frappe) à l’idée de croiser le fer avec ceux qui compétissent en lutte simple.
La fulgurante ascension d’Emile François Gomis (Fran) qui détient le record d’invincibilité avec 16 victoires en autant de sorties prouve à suffisance que le « mbapath » (lutte simple) est une véritable école où se forgent les futurs champions. Suffisant pour promouvoir davantage cette discipline qui a une valeur au Sénégal des décorations de prestige (médailles en or), titres et autres distinctions surtout dans l’Espace CEDEAO que notre pays contrôle à merveille au rythme des TOLAC (Tournoi de Lutte de la Communauté) et TOLAD (Tournoi de Lutte de Dakar).
En examinant la lutte traditionnelle comme sport de la Communauté, la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) valorise cette discipline en lui restituant son cachet traditionnel qui allie à merveille puissance athlétique et registre technique. L’on ne saurait occulter la dimension culturelle ; mais également le volet Communication sous forme de messages véhiculés et de dialogue entre les différents acteurs que sont les lutteurs, les cantatrices et les batteurs. Cela prouve que la lutte est pratiquée sous le triptyque Sport, Culture, Communication. Ibrahima Faye Beuz l’a bien compris. Tout sera mis en œuvre pour sauvegarder le cachet traditionnel des galas de lutte traditionnelle organisés dans l’Hexagone, au Canada et éventuellement aux États‐Unis avec une attention toute particulière pour le volet culturel qui devrait constituer l’attraction majeure. Dans cet ordre d’idées, les acteurs sont interpellés au premier chef.
Véritable phénomène qui draine des fautes, Siteu promet un spectacle de qualité à forte touche traditionnelle aussi bien dans le port que l’ambiance. L’on ne doute nullement de la capacité de ce lutteur sérère venu des Iles du Saloum (Dionewar) à produire un spectacle de qualité. En tout Sérère dort un artiste doublé d’un sportif. S’il n’est pas chanteur, il est batteur, danseur ou lutteur. Certains s’expriment avec beaucoup d’aisance dans les deux derniers registres. Siteu en est la parfaite illustration.
L’opération de charme de la lutte sénégalaise a débuté au Canada en octobre dernier avec le face‐à‐face Modou Lo‐Sa Thiès au Centre Pierre‐Charbonnier de Montréal agrémenté par deux combats d’exposition grâce au partenariat Beuz Pro‐Albourakh Event du promoteur Baye Ndiaye se poursuit avec le gala du 2 mai à Paris et le retour à Montréal au mois de juin.
Cette opération de charme qui nécessite un budget colossal en termes de frais de voyage (visas et billets d’avion), logement, restauration et autres n’a qu’un seul objectif : exporter la lutte sénégalaise vers de nouveaux horizons pour en faire une véritable industrie touristique grâce à une forte implication de l’État par le biais du ministère du Tourisme. Ibrahima Faye Beuz l’a bien compris. Il œuvre pour faire de la lutte sénégalaise une vitrine et du pays d’Émile François Gomis (Fran, un pur produit de la discipline), une destination à même d’attirer de nombreux investisseurs et touristes.
Exporter la lutte c’est également rendre hommage à ces milliers de Sénégalais de la diaspora qui, malgré la distance, sont restés accrochés à leurs racines grâce à ce sport bien de chez nous. Les galas de lutte avec ou sans frappe sont vécus avec une grande ferveur et beaucoup de passion aussi bien au Sénégal qu’à l’étranger. La diaspora sénégalaise a réussi la tentative de redynamiser la lutte sénégalaise grâce au Pay‐per-wiew, une consommation payante à l’unité de programmes audiovisuels. Les promoteurs de lutte utilisent ce principe pour faire payer l’internaute à la consultation. Ibrahima Faye Beuz en est le précurseur au Sénégal.
La nouvelle Fédération sénégalaise de Lutte qui a pris ses remarques avec le gala du 15 février dernier dont Franc a volé la vedette à Tapha Tine et le tournoi de lutte simple avec une mise de 20.000.000 frs CFA est le partenaire idéal dans la conquête d’une nouvelle Terre promise pour la lutte sénégalaise.



