la question palestinienne s’invite dans l’isoloir

À l’approche des élections locales de mai, le paysage politique britannique est secoué par une initiative citoyenne d’une ampleur inédite. Plus de 1 150 conseillers municipaux en exercice ont signé un engagement en faveur des droits des Palestiniens, transformant un enjeu de politique étrangère en un test électoral majeur, notamment pour le Parti Travailliste au pouvoir.
Lancé en décembre par la Palestine Solidarity Campaign (PSC), cet « Engagement des Conseillers pour la Palestine » exhorte les élus à prendre des mesures concrètes pour « défendre les droits » du peuple palestinien, à « tenir Israël pour responsable de ses crimes de génocide et d’apartheid » et à s’assurer que leurs municipalités « ne sont pas complices ».
L’objectif est clair : faire pression sur les conseils municipaux pour qu’ils adoptent des politiques alignées sur le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Au cœur de cette démarche se trouve la gestion des fonds de pension. Selon la PSC, les régimes de retraite des collectivités locales investissent plus de 12,2 milliards de livres sterling dans des entreprises jugées complices des violations du droit international par Israël. Trente et une municipalités ont déjà adopté des motions en faveur du désinvestissement, une mesure qui, selon la campagne, est soutenue par 46% des électeurs, contre seulement 14% d’opposants.
La mobilisation révèle une nette fracture politique. Les Verts (387 signataires) et les Travaillistes (375) forment le gros des troupes, suivis par les Libéraux-Démocrates (115). En revanche, seuls cinq conseillers du Parti Conservateur ont paraphé le texte, et aucun du parti d’extrême droite Reform UK. Des centaines d’autres élus du Scottish National Party, de Plaid Cymru et des indépendants complètent la liste.
Ces élections sont perçues comme un baromètre crucial pour le gouvernement travailliste de Keir Starmer, dont la gestion du conflit à Gaza a érodé une partie de sa base électorale. Richard Burgon, député de l’aile gauche du Labour, a rencontré en garde : « Le refus de Keir Starmer de défendre les droits du peuple palestinien est une erreur qui a déjà coûté cher au parti. Je crains que nous ne les constations à nouveau en mai ». L’ancien leader du parti, Jeremy Corbyn, a quant à lui appelé à faire de la question palestinienne un enjeu « non négociable » du scrutin.
À Londres, où tous les sièges sont en jeu, l’initiative pourrait faire basculer des examens serrés. À Hackney, bastion travailliste, les six conseillers écologistes ont signé l’engagement, contre seulement trois de leurs homologues du Labour. « Le conseil municipal a pris position contre l’apartheid sud-africain, il est temps que nous fassions de même pour les Palestiniens », déclare Zoe Garbett, conseillère écologiste et candidate à la mairie, faisant écho à une comparaison historique souvent brandie par les militants.
La campagne s’inscrit dans un contexte de mobilisation plus large, parfois radicale. L’un des membres présumés du groupe Palestine Action, Amu Gib, a fait campagne pour un siège à Islington depuis sa cellule de prison, où il a mené une grève de la faim de 49 jours. S’il était élu, il deviendrait le premier prisonnier à accéder à une fonction publique au Royaume-Uni depuis le gréviste de la faim irlandaise Bobby Sands en 1981.
L’initiative ‘Vote Palestine’, qui soutient cette démarche, entend bien transformer l’essai. « Le mouvement de masse pour la Palestine ne va pas disparaître », prévient Dan Iley-Williamson, organisateur politique à la PSC. « Nous porterons nos revendications dans les élections de mai et adresserons un message clair à ceux qui briguent un mandat : si vous voulez nos voix, défendez la Palestine. »



