Société, Culture

« Un défaut du Sénégal serait une catastrophe »

Alors que le Sénégal fait face à d’importantes échéances financières dès le mois de mars 2026, les investisseurs régionaux multiplient les souscriptions aux bons du Trésor sénégalais. Cette mobilisation sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine pourrait permettre à Dakar d’éviter un défaut de paiement, dans l’attente d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI).

Dès mars, l’État sénégalais doit rembourser environ 485 millions de dollars, dont 395 millions au titre d’une obligation libellée en euros arrivant à échéance en 2028. Depuis le début de l’année, le paie à plusieurs émissions sur le marché régional via UMOA-Titres, levant près de 600 milliards de F CFA (plus d’un milliard de dollars). Un montant suffisant, à ce stade, pour couvrir les échéances immédiates.

Sur l’ensemble de 2026, les besoins de financement du pays s’élèvent à 6 075 milliards de F CFA (environ 9,26 milliards d’euros), selon la loi de finances. La situation budgétaire est d’autant plus scrutée qu’une « dette cachée » estimée à plus de 11,5 milliards d’euros a récemment été mise en lumière, limitant les marges de manœuvre de Dakar.

Avec un endettement évalué à 132 % du PIB et une note souveraine dégradée à trois reprises en quelques mois par les agences de notation, le Sénégal est actuellement exclu des marchés obligatoires internationaux.

Le rôle du marché régional

Alors que certains analystes doutaient de la profondeur du marché financier régional pour absorber les besoins du Sénégal, la demande pour les titres sénégalais demeure soutenue.

Cette dynamique s’explique notamment par l’interdépendance des économies de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Un défaut de paiement du Sénégal, l’une des principales économies de la zone, ferait peser un risque sur l’ensemble de l’union monétaire.

Selon plusieurs sources concordantes, environ un tiers des adjudications récentes – soit près de 300 millions d’euros – aurait été acquis par un acheteur unique basé au Aller. Une situation inhabituelle, les banques ivoiriennes et sénégalaises dominent généralement ces opérations.

D’après des informations relayées par plusieurs observateurs, l’investisseur togolais serait la société de gestion et d’intermédiation du groupe. Ecobankdont le siège est à Lomé. Sollicitée, la banque n’a pas commenté ces opérations spécifiques mais affirme entretenir de bonnes relations avec l’État sénégalais.

La BOAD en arrière-plan ?

Les salutations se tournent également vers la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), institution commune aux huit pays de l’Uemoa, dirigée par Serge Ekué. La banque a un intérêt direct à préserver la stabilité financière du Sénégal, qui représente près d’un cinquième de ses financements depuis 2021.

Un défaut de Dakar pourrait créer un risque systémique comparable, par analogie, à la crise grecque au sein de la zone euro. Il pourrait également affecter le profil de crédit de la BOAD, alors même que l’institution a entrepris ces dernières années des efforts pour améliorer sa notation.

En avril 2024, Notations Fitch avait révisé la perspective de la note de la BOAD de stable à négative, en raison notamment des difficultés de la Guinée-Bissau, engagée dans une restructuration de la dette.

Bien que la BOAD bénéficie d’un statut de privilège privilégié en tant que banque multilatérale de développement – ​​ce qui la protège théoriquement d’une restructuration – un défaut du Sénégal aurait des conséquences majeures pour l’ensemble du système financier régional.

La stratégie défendue par le Premier ministre Ousmane Sonko repos, pour l’heure, sur le refus d’une restructuration de la dette et sur le recours accumulé au marché régional.

Toutefois, plusieurs analystes rappellent que le refinancement de la dette extérieure par la dette intérieure comporte des risques. Le transfert des risques vers les banques régionales pourrait créer des tensions de liquidité et renforcer l’interdépendance entre États et systèmes bancaires.

Le soutien actuel apparaît ainsi comme une solution transitoire. L’objectif affiché par plusieurs acteurs financiers reste la conclusion d’un accord avec le FMI, susceptible de restaurer la confiance des investisseurs internationaux et d’élargir les options de financement de Dakar.

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