Société, Culture

L’érection du «Je» en République

Heureux qui, comme Bassirou Diomaye Faye, n’a cette huitaine qu’à répondre à la délicate question de confiance des coordonnateurs départementaux de Pastef, auquel il vient d’accorder une audience : est-il encore des leurs ?

A n’en pas douter, la confiance règne…

Bien sûr qu’il est encore des leurs, plaide-t-il, mais il est aussi manifestation de la «Coalition Diomaye Faye» qui hésite à rajouter «2029» à l’appellation. Faudra sans doute attendre les résultats du travail confié à Mimi Touré dont la qualité pourra se vérifier de manière indiscutable à l’occasion des futures Locales et, éventuellement, des Législatives anticipées.

A partir de cette croisée des chemins, soit l’enfant de Ndiaganiao lance «Diomaye 2029», soit il redevient un exemplaire militant de base de Pastef qui aura encore besoin d’un plan B à la prochaine Présidentielle. Vous savez bien, l’interminable affaire Mame Mbaye Niang et son satané rabat d’arrêt…

Passons aux choses sulfureuses.

Ousmane Sonko, le «meilleur Premier ministre de tous les temps» selon son employeur (et militant de base) Bassirou Diomaye Faye, pour ne pas changer de grand-chose, est encore cette semaine en haut de l’affiche. On nous l’annonce la semaine passée : lui et son gouvernement seront devant les députés le mardi 24 février 2026, pour un tour d’horizon de la chaude, que dis-je, caniculaire, voire torride actualité.

Au menu, l’économie sénégalaise au ralenti et les finances publiques qui voient arriver au grand galop l’échéance des eurobonds. Le Premier ministre, qui abuse du «je» avant de s’autoproclamer modestement «gardien de la révolution», n’a pas l’air très inquiet à ce sujet, même s’il note que son ministre du Budget poursuit à grosses gouttes. La bouffée d’harmattan, sans doute.
Ah, s’il n’y avait pas cette maudite «dette cachée» par Macky Sall, de sept mille misérables milliards Cfa !

Arrive le sujet qui fâche : l’Ucad, ses profs exaspérés, ses étudiants fous furieux, ses cours suspendus, ses restaurants saccagés, ses chambres cramées et son… cadavre encombrant.

Le décor est-il suffisamment campé ?

Le chef du gouvernement assume tout, dit-il : l’ordre aux flics patibulaires d’envahir le campus pour préserver les installations et restaurer l’autorité, vient de lui. Sauf que lorsqu’à son niveau de responsabilité, cela déclare assumer les dégâts qui engendrent une bavure mortelle, le vrai courage consiste à reconnaître son incurie et en tirer les conséquences qui s’imposent : se démettre.
Ce qui n’est manifestement pas le cas : si c’était à refaire, tonne-t-il, il récidiverait. Et la vie continue comme si de rien n’était. Si, en plus, le président de la République ne reproche rien à son chef de gouvernement et ne trouve non plus à redire au sujet de l’année académique actuellement en pointillés…

Elle est pas belle, sa vie, au maître du «je» ?

Enfin, arrive le buzz qui secoue les réseaux sociaux, le showbiz, en attendant d’envahir les autres sphères grand public : l’homosexualité qui se corse d’une campagne de contamination au Vih.

Finalement, ce ne sera pas une criminalisation mais un, euh, durcissement des peines contre l’homosexualité que le gouvernement de Ousmane Sonko proposera aux députés. C’est lors du Conseil des ministres du 18 février 2026 que la mesure téméraire est envisagée. On n’imagine pas les cent trente députés de la majorité, ni même ceux de l’opposition la plus radicale, voter massivement contre, au regard des dernières semaines haletantes que le glauque sujet nous fait vivre.

C’est l’article 319 du Code pénal qui est concerné par les changements envisagés : pour les actes impudiques ou contre nature avec une personne du même sexe, les peines d’emprisonnement devront plafonner de cinq à dix ans, et les amendes d’un million cinq cent mille à dix millions de francs Cfa. La nouveauté réside surtout dans l’ajout au titre de délit de «l’apologie, le financement et la promotion de l’homosexualité, bisexualité ou transsexualité».

Bref, (comme Pépin) un sujet délicat qui requiert de la pédagogie. Le gouvernement gagnerait à accompagner la proposition de, euh, durcissement des sanctions, de cent soixante exemplaires du Kamasutra à l’intention de nos parlementaires dont certains gagneraient à être déniaisés par un séminaire sur notre éducation sentimentale.

Il devrait solliciter également l’expertise de Jamra ou And Sàmm Djiko Yi qui pourrait dispenser à nos braves députés, quelques notions solides de ce qui est permis dans le secret des alcôves tropicales. Sans doute que certains de ces compatriotes irréprochables se dévoueraient volontiers en payant de leur personne pour démontrer virilement ce que la morale permet en joignant le geste à la parole devant les députés appelés à légiférer sur les soixante-quatre positions érotiques internationalement admises.

Hormis le «rétropédalage» du gouvernement sénégalais qui constate Mame Matar Guèye, ce qui constitue une douche froide autant pour lui que ses compères de And Sàmm Djiko Yi, le baron de Jamra reste sur son nuage une semaine supplémentaire : il est toujours aussi couru par la presse (son péché mignon) et multiplie les déclarations fracassantes en direction du reniement du gouvernement et de ses «enfantsillages». Certes, on lui retire le dispositif de sécurité du fait du suspense qu’il entretient à propos de sa précieuse liste de près de six cent cinquante compatriotes estampillés gays.

Et c’est le «meilleur Premier ministre de tous les temps» qui sonne la charge contre ceux qui fanfaronnent à propos d’une liste d’homos mais serait incapable de la fournir le moment venu, si on la leur demandait.

Suivez son regard.

On peine à reconnaître le même Ousmane Sonko, alors opposant : au plus fort de son combat «révolutionnaire», les Pros prétendent détenir des documents officiels accablants contre l’ancien ministre Mame Mbaye Niang, qui seront impossibles à présenter devant les juges, jusqu’au récent rabat d’arrêt qui compromet sa candidature en 2029.

La charge doit souverainement déposer au manitou de Jamra, qui riposte en clamant sur les réseaux sociaux son indéfectible soutien à la gendarmerie de Keur Massar, laquelle tient le haut du pavé dans cette affaire qui voit les célébrités tomber les unes après les autres. Aux dernières nouvelles, vingt-deux suspects seraient sous les verrous, et la tombola ne ferait que commencer.
Il y aurait même du plus lourd en perspective.

C’est donc cet instant précis que le Premier ministre Ousmane Sonko a choisit pour remettre les pendules à l’heure : quitte à sévir, il n’est plus question de laisser les procès-verbaux d’enquête, encore moins les bulletins de santé des séropositifs, circuler librement. Les familles des nouvelles stars du satanique buzz en prennent déjà assez en pleine poire pour en rajouter, plaide-t-il.

Sa compassion en serait presque touchante si elle ne privé pas les influenceurs d’un lucratif gagne-pain… Pensez-vous, il ya à boire et à manger dans cette affaire de listes des homos, gouines et hermaphrodites : chaque, euh, lanceur d’alerte qui détient la sienne, peut, au besoin, solder d’anciens comptes en souffrance avec un ennemi irréductible, monnayer grassement un silence pudique si le standing du Vip visé le permet ou, au pire, multiplicateur par mille ses vues sur YouTube, Tik Tok et Facebook.
Rien qu’à imaginer les rentes de ce fonds de commerce qu’on lui usurpe, « Kocc Barma », le sage baron déchu du porno local, doit en faire une maladie autre que le Sida…

Par Ibou FALL

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