la décision radicale du Pakistan après ses frappes en Afghanistan

L’escalade militaire a franchi un nouveau palier le long de la ligne Durand. Après plusieurs semaines d’escarmouches frontales, les forces pakistanaises ont mené une série de frappes aériennes nocturnes ciblant plusieurs provinces afghanes, dont la capitale Kaboul. Une offensive qui marque une évolution majeure dans les relations déjà tendues entre les deux pays voisins depuis 2021.
L’opération a débuté vendredi aux alentours de 1h50, heure locale. Selon les correspondants de la chaîne Al Jazeera, l’aviation pakistanaise a visé des positions à Kaboul, ainsi que dans les provinces de Paktia et de Kandahar. Face à cette situation, le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a clarifié la nouvelle posture d’Islamabad. Affirmant que la patience de son pays avait « débordé », il a déclaré une « guerre ouverte » contre les autorités talibanes. Cette campagne militaire a été formellement baptisée « Opération Ghazab lil Haq », que l’on peut traduire par « Fureur justifiée ».
La riposte afghane n’a pas tardé. Zabihullah Mujahid, porte-parole du gouvernement taliban, a confirmé que les forces de son pays avaient engagé des opérations offensives d’envergure contre les positions militaires pakistanaises situées le long de la frontière. Des tirs d’artillerie ont notamment été signalés près du poste-frontière stratégique de Torkham.
Les bilans communiqués par les deux camps restent fortement contradictoires. Islamabad affirme avoir neutralisé 133 combattants talibans, détruit 27 postes avancés et plus de 80 véhicules blindés ou pièces d’artillerie. Des chiffres que Kaboul rejette, évoquant pour sa part la mort de huit de ses combattants et 11 blessés. De son côté, l’Afghanistan soutient avoir tué 55 soldats pakistanais et capturé deux bases militaires lors de représailles menées plus tôt dans la semaine, une revendication formellement démentie par le Pakistan, qui ne concède la mort que de deux de ses militaires dans les affrontements en cours.
Cette explosion de violence s’inscrit dans un contexte de dégradation continue des relations bilatérales. Le cœur du différend repose sur les accusations d’Islamabad, qui reprochent à Kaboul d’héberger et de protéger les combattants du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Ce groupe armé, distinct des talibans afghans mais lié à eux idéologiquement, a multiplié les attaques meurtrières sur le sol pakistanais ces dernières années, particulièrement dans les provinces frontalières du Khyber Pakhtunkhwa et du Baloutchistan. Les autorités afghanes, quant à elles, contestent le tracé de la frontière héritée de l’époque coloniale, longue de 2 611 kilomètres.
Sur le plan diplomatique, la communauté internationale a rapidement réagi à cette flambée de violence. L’Inde a fermement condamné les frappes pakistanaises, pointant du doigt des pertes civiles. Le Secrétaire général des Nations Unies a exhorté les deux parties au respect strict du droit international. L’Iran et la Russie ont également appelé à une cessation immédiate des hostilités, Moscou proposant sa médiation pour tenter de résoudre la crise par la voie diplomatique.



