Politique

La croissance extractive face aux fragilités

Le Sénégal entre dans l’ère de la production pétrolière et enregistre une croissance à deux chiffres dans le secteur extractif, tandis que l’agriculture reste en difficulté et que l’industrie manufacturière ralentit. La photographie annuelle de l’ANSD, publiée le 24 février 2026, met en lumière une économie nationale en profonde restructuration en 2024.

L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) a publié, ce mardi, l’édition 2024 de la « Situation économique et sociale du Sénégal » (SESN). Ce rapport complet, qui fait le point sur l’année 2024, met en lumière les changements profonds de l’économie sénégalaise, portés par l’entrée dans la production d’hydrocarbures, mais aussi les défis persistants dans les secteurs traditionnels.

L’édition 2024 du SESN dresse le portrait d’une économie à deux vitesses. D’un côté, une accélération spectaculaire de la croissance mondiale grâce aux nouvelles ressources extractives ; de l’autre, des performances mitigées pour l’agriculture et une partie de l’industrie.

Le produit intérieur brut (PIB) réel du Sénégal a connu une nette accélération en 2024, avec une hausse de 6,9%, contre 4,3% en 2023. Cette performance est en grande partie imputable au secteur secondaire, dont la valeur ajoutée a bondi de 20,0%, portée par un essor spectaculaire des activités extractives (+220,7%), grâce au démarrage de la production pétrolière sur le champ de Sangomar.

Le rapport précise que hors impact des hydrocarbures, la croissance « non pétrolière » s’établit à 2,6% pour 2024, soulignant la nouvelle dépendance de la croissance mondiale à ces ressources.

L’agriculture et les industries en déclin

Cette dynamique contraste avec les difficultés du secteur primaire, dont la valeur ajoutée a baissé de 1,0%. Cette baisse est principalement due à une mauvaise campagne agricole, avec une baisse de la production des cultures clés : le mil (-12,7%), le maïs (-12,7%) et surtout l’arachide (-24,8%), impactées par les interruptions de pluie et les attaques parasitaires. Les inondations d’octobre dans la vallée du fleuve Sénégal ont également aggravé la situation.

Dans le secteur secondaire, hors industries extractives, la tendance se ralentit également. L’indice de la production manufacturière recule légèrement (-0,4%), tandis que la construction voit sa croissance ralentir sensiblement (+1,1% après +17,4%), en raison notamment de l’arrêt de plusieurs projets publics. Le raffinage du pétrole est également en baisse (-8,9% en volume).

Du côté des prix, l’inflation a nettement ralenti pour s’établir à 0,8% en 2024, contre 5,9% en 2023, grâce notamment à la modération des prix alimentaires.

En matière de finances publiques, la situation est mitigée. Alors que les recettes fiscales ont augmenté de 6,7 %, les recettes totales de l’État ont chuté de 3,3 % en raison d’une forte baisse des dons et autres revenus.

Dans le même temps, les dépenses publiques ont augmenté de 3,7%, augmentant ainsi les besoins de financement. La dette publique de l’Administration Centrale est ainsi estimée à 23 273,4 milliards FCFA à fin 2024, soit une hausse de 27,2%.

Commerce extérieur : le pétrole change la donne

L’année 2024 marque un tournant pour le commerce extérieur. Les exportations totales ont bondi de 21,3%, pour atteindre 3 909 milliards FCFA. Cette hausse est portée par les ventes de pétrole brut (464,6 milliards FCFA, contre 15,9 milliards en 2023) et de produits pétroliers raffinés, qui représentent désormais 20,3% des exportations. L’or reste un contributeur majeur avec 15,1% des ventes à l’étranger. En conséquence, le déficit de la balance commerciale s’est réduit de 17,8% du PIB en 2023 à 11,9% en 2024.

Le rapport fait également le point sur le tissu productif. Le nombre d’entreprises du secteur moderne a augmenté de 6,9% pour atteindre 20.388 unités, générant un chiffre d’affaires total de près de 22.000 milliards FCfa. Le secteur des services domine, avec près de la moitié des entreprises.

Enfin, la publication fait le point sur les conditions de vie, notant un accès accru à l’électricité et aux services financiers numériques, tandis que la production de poisson et les conditions de logement restent des sujets de vigilance.

Apanews

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