Société, Culture

Deux ans et toujours pas de rupture

Invité du Grand Jury de RFM ce dimanche 1er mars 2026, l’ancien ministre de l’Éducation nationale et ex-secrétaire général de la Ligue Démocratique dresse un bilan sévère des deux premières années du régime Faye-Sonko. Pour lui, la rupture promise n’est toujours pas au rendez-vous.

Deux ans après l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la République, le verdict de Mamadou Ndoye est sans appel. Au micro de Macoumba Beye, l’ancien ministre de l’Éducation nationale sous Abdou Diouf n’a pas mâché ses mots : le nouveau pouvoir, malgré ses intentions affichées, n’a pas instauré les nouvelles règles systémiques qui devaient fonder la rupture promise aux Sénégalais.

Mamadou Ndoye ne nie pas certaines avancées. Il salue la volonté affichée de lutter contre la prédation des ressources publiques, les efforts pour contenir les prix des denrées alimentaires, du carburant et de l’électricité, ou encore la redistribution des semences aux paysans. « Il ya des choses qui sont faites », concède-t-il. Mais pour lui, ces initiatives restent superficielles tant qu’elles ne s’inscrivent pas dans un changement de paradigme global.

« Ce que j’attendais, et je crois que beaucoup comme moi attendaient, c’est qu’on ne soit plus dans l’alternance que nous avons connue jusqu’ici, c’est-à-dire un changement d’homme alors que le système demeure », at-il déclaré. « Ils ne sont pas sortis du système. Ils sont en plein dans le système. »

Pour l’ancien ministre, le mal est profond et s’appelle prédation. Une partie importante des ressources qui devraient financer l’éducation, la santé et l’économie continue d’être détournée à des fins personnelles ou gaspillée légalement à travers des « niches » que le nouveau pouvoir n’a pas supprimés. Il cite en exemple les voitures de luxe acquises pour les députés à 54 millions de francs CFA pièce (soit 54 fois le PIB par habitant annuel), symbole d’une classe dirigeante qui s’accroche à ses privilèges tout en demandant aux autres d’y renoncer.

« Si le leadership au plus haut niveau ne donne pas l’exemple, rien ne se passera. On ne peut pas exiger la rigueur des autres si on ne la pratique pas soi-même », at-il martelé, évoquant également les droits acquis anachroniques des étudiants, qu’il juge impossibles à remettre en cause sans exemplarité au sommet.

Interrogé sur les tensions entre le président de la République et son Premier ministre Ousmane Sonko (qui a déclaré mardi dernier à l’Assemblée nationale avoir perdu espoir de voir les dilapidateurs des biens publics sanctionnés), Mamadou Ndoye y voit la preuve que les nouvelles règles n’ont jamais été mises en place. « Si on avait sacralisé les ressources publiques avec la nouvelle République, ce que dit Sonko n’aurait pas lieu d’être », at-il soutenu.

Une réforme constitutionnelle comme dernière chance

Sur la tension entre les deux têtes de l’exécutif, il est direct : « Je pense que Sonko devrait démissionner et l’assumer, ou que le président de la République le démette. » Mais il rappelle aussitôt que l’enjeu dépasse les personnes : c’est l’absence de nouvelles règles systémiques qui créent le vide dans lequel prospèrent les querelles de pouvoir et les positionnements personnels.

Loin d’un désenchantement définitif, Mamadou Ndoye place ses espoirs dans la réforme constitutionnelle annoncée par le président Faye. Il appelle à saisir cette opportunité pour poser trois piliers fondateurs : la sacralisation des ressources publiques, le rééquilibrage réel des trois pouvoirs (avec une justice véritablement indépendante et un Parlement affranchi de la tutelle de l’exécutif), et le renforcement de la démocratie participative, donnant aux citoyens des droits effectifs d’initiative et de contrôle.

« Ce n’est pas de la distribution du pouvoir à l’intérieur de l’exécutif dont nous parlons. Nous parlons de l’équilibre des trois pouvoirs », at-il précisé, réfutant l’idée que la création d’un poste de vice-président puisse constituer une réponse suffisante.

En marge du débat sur la gouvernance interne, Mamadou Ndoye s’est prononcé contre la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations-Unies. Invoquant son bilan répressif, ses atteintes aux libertés démocratiques et sa tentative de prolonger son mandat, il estime que cette « image ternie » ne saurait représenter dignement le Sénégal sur la scène internationale. Il réclame par ailleurs l’ouverture d’enquêtes parlementaires sur les crimes présumés de l’ancien régime, s’étonnant que l’actuel pouvoir, détenant à la fois l’exécutif et le législatif, n’ait pas encore agi en ce sens.

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