La « paix par la force », l’oxymore trumpien

Comme nous les pressions dans notre précédente chronique hebdomadaire, Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont déclenché, samedi 28 février, une nouvelle guerre d’agression contre l’Iran. L’opération baptisée « Fureur épique » a débuté par des frappes aériennes massives ayant entraîné la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et de hauts responsables de l’appareil sécuritaire iranien.
Comme lors de la précédente attaque israélo-américaine de juin 2025 surnommée « la guerre de 12 jours », les États-Unis se sont servis de la diplomatie comme couverture. Mais cette fois-ci les Iraniens ne peuvent pas dire qu’ils ont été surpris des plans de l’ennemi. Nul besoin d’être un devin pour savoir que Trump allait attaquer en dépit des négociations de façade. L’Iran a riposté en tirant des missiles sur des cibles américaines dans les pays du Golfe et sur le territoire israélien. Malgré l’asymétrie des forces – l’Iran était déjà affaiblie par les sanctions économiques et la précédente guerre de juin – nul ne peut prédire l’issue finale de ce conflit aux ramifications régionales. Cependant, on peut faire quelques constats. Le premier ministre, c’est que Trump et Netanyahou partagent la même vision de la paix.
Une « paix par la force », comme l’a théorisé le premier. Un oxymore qui ne signifie rien d’autre que faire capituler l’adversaire et lui imposer ses conditions pour la paix. La guerre a les mêmes objectifs que la politique, selon la célèbre formule de Clausewitz, mais elle représente en même temps la négation du politique, puisque toute interaction est réduite à une épreuve de forces armées. Et comme le souligne le très perspicace Tzvetan Todorov dans son ouvrage « La peur des barbares : Au-delà du choc des civilisations » (Robert Laffont, 2008), remporter une victoire militaire sur l’ennemi ne garantit pas qu’on gagne un peuple à sa cause. Telle est la leçon du Traité de Versailles en 1919, de la bataille d’Alger en 1957 et plus récemment de la guerre d’Irak de 2003.
Alexis de Tocqueville, auteur « De la démocratie en Amérique », fait remarquer lucidement au moment de la conquête de l’Algérie par la France, « il ne suffit pour gouverner une nation de l’avoir vaincue ». Visiblement, Trump et Netanyahou, qui entendent remodeler le Proche-Orient par le seul usage de la force, n’ont que faire des leçons de l’histoire. Mais comme celle-ci est capricieuse, les victimes d’aujourd’hui pourraient bien être les bourreaux de demain.
L’autre constat, c’est que l’Amérique utilise toujours les mêmes arguments tirés par les cheveux pour justifier son impérialisme agressif. Hier, c’était les « armes de destruction massives » de Saddam Hussein, aujourd’hui ce sont les armes nucléaires que le régime iranien serait sur le point d’acquérir.
Pourtant, c’est ce même Donald Trump qui nous assurait, il ya à peine six mois, que le programme nucléaire iranien a été « anéanti » par l’opération « Midnight Hammer » (Marteau de minuit), balayant les doutes de ses propres services de renseignement. Pour les dirigeants d’Amérique latine indociles (Manuel Noriega, Nicolas Maduro), c’est généralement le chef-d’accusation de trafic de drogue qui est retenu pour justifier l’interventionnisme américain. À qui le tour demain ? Cuba ? Le Groenland ? Trump a raison, l’Amérique est de retour.
Mais pas celle que le reste du monde attendait. Libérer le peuple iranien du joug des mollahs par les bombes ? Il faut d’abord commencer par libérer les Palestiniens ! La fable est belle ! Surtout venant de Netanyahou. Lui qui a tué des dizaines de milliers de civils palestiniens et qui est poursuivi pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale (Cpi). En définitive, la « paix par la force » n’est qu’une fausse paix – de même qu’une « paix armée », puisque nourrie par le sentiment d’injustice et le désir de vengeance.
À l’idéal de guerre basé sur l’hypertrophie du courage qui prétend incarner le duo Trump-Netanyahou, il faut s’opposer à l’idéal de paix platonicien. Une paix juste fondée sur l’égale dignité des peuples et une application non sélective de la Charte des Nations unies.



