Politique

Respect des constructeurs, des investisseurs et de l’honneur de la représentation nationale, requis

“J’élève la voix pour défendre la dignité du débat public, le respect des bâtisseurs, l’attention due aux investisseurs et l’honneur de la représentation nationale. Disons-le haut et fort, quand la parole publique abdique, il y a une faute morale, une indignité républicaine et donc, un devoir de se lever.

Il y a des moments où le silence devient complicité. Il est des propos qui, parce qu’ils sont prononcés dans les limites mêmes de la représentation nationale, engagent bien au-delà de leurs auteurs et appellent une condamnation morale ferme, claire et sans équivoque.

Ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale n’est ni un débat démocratique, ni une vivacité parlementaire, ni même un excès de langage malheureux. Il s’agit tout simplement d’un manquement grave à l’éthique publique, d’un déclin moral incompatible avec la dignité du mandat parlementaire. Lorsqu’un élu, incapable de répondre à un collègue sur le terrain des idées, choisit sciemment de s’en prendre à son père, il ne commet pas de bévue : il franchit une frontière morale qu’aucun représentant du peuple n’a le droit d’ignorer. Je refuse de l’ignorer alors j’élève la voix.

Aucune divergence politique, aucune tension idéologique, aucune posture militante ne peut justifier l’exploitation de la filiation, l’atteinte à l’honneur familial ou l’humiliation personnelle. Un tel comportement constitue une rupture avec les fondements mêmes de la République, fondements qui exigent retenue, respect et un sens aigu des responsabilités – surtout dans un lieu censé incarner l’exemplarité.

Le dossier Ndengler, agité de manière obsessionnelle par certains, ne peut servir d’alibi à cet effondrement moral. Les faits sont connus, établis et vérifiables. Terrain attribué au terme d’une démarche administrative, aménagé par un investisseur sénégalais, transformé en centre de production exemplaire, au service de l’autosuffisance alimentaire. C’est la réalité, loin du bruit.

Cet investisseur est Babacar Ngom, fondateur de la Sedima, figure majeure du secteur privé national et référence sous-régionale. Je ne défends pas une personne pour le plaisir de la défendre. Je m’en tiens à ce principe, d’autant plus que je ne connais pas personnellement Babacar Ngom et je ne pense pas l’avoir déjà rencontré. Mais je sais ce que représente son parcours : le travail contre la démagogie, la production contre l’agitation, la durée contre l’improvisation.

Babacar Ngom est un homme qui a choisi le travail, l’investissement et la dignité. Il a investi dans le pays et pour le pays, dans plusieurs secteurs stratégiques. Son engagement agricole n’est ni une aventure opportuniste ni un calcul politique : il relève d’une vision, d’un patriotisme économique assumé.

Et à ce sujet, il faut ici rappeler un fait humainement lourd, sur lequel toute conscience honnête devrait méditer. Accablé par la répétition des attaques, Babacar Ngom a pris la douloureuse décision d’arrêter ses activités et d’aller jusqu’à restituer les terres que les autorités lui avaient régulièrement concédées.

Voilà jusqu’où peut mener l’irresponsabilité verbale : non pas à l’échec économique, mais à l’usure morale d’un bâtisseur national.

Et tandis que ce membre de la majorité se laisse aller aux invectives, la République parle avec gravité. En effet, samedi 27 décembre 2025, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a élevé Babacar Ngom à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre National du Lion, la plus haute distinction honorifique du Sénégal.

A travers cet acte solennel, la Nation a salué une trajectoire et rendu hommage à un homme dont l’engagement au service du pays est reconnu au sommet de l’Etat. Dès lors, la faute morale commise par ce député n’en est que plus flagrante.

Il pouvait répondre politiquement à son collègue Anta Babacar Ngom, il pouvait le faire avec fermeté, sans concession, mais il n’avait aucun droit moral d’insulter son père, encore moins un père que la République venait d’honorer. Cette dérive n’est pas une erreur éthique, c’est bien plus. Quand on insulte Babacar Ngom, on insulte un père, mais on insulte aussi le secteur privé national.

À ce député malavisé, nous devons réitérer avec force que le secteur privé national est l’épine dorsale de la souveraineté économique. Il mérite protection, écoute et considération. Ceux qui siègent à l’Assemblée nationale auraient dû en être les défenseurs naturels, s’ils avaient bien compris et surtout incarné la mystique de leur mission au service de la Nation.

Je veux faire ici une déclaration personnelle.

Je passe une partie importante de mon temps à l’extérieur du pays, non pas par hasard, mais pour maintenir à flot les entreprises sénégalaises frappées par une crise sans précédent, dans un contexte d’adversité, parfois ouverte et flagrante. Je suis accusé d’absentéisme sur les bancs de l’Assemblée. Mais pense-t-on un seul instant à mes lourdes responsabilités d’investisseur, obligé de préserver un outil de travail, de payer les salaires, de garantir l’avenir de milliers de salariés au Sénégal et à l’étranger, qui sont aussi responsables du quotidien de milliers de familles durement touchées par la crise ?

À ces attaques, je n’ai jamais répondu par des mots blessants. Je ne répondrai jamais autrement que par l’action, en sauvegardant la dignité de mes entreprises, de mes salariés et de tous ceux qui en dépendent. C’est la responsabilité. C’est du vrai patriotisme.

Pour ma part, j’ai toujours lutté pour l’émergence d’un secteur privé national fort, structuré et solidaire. Aujourd’hui, face aux attaques répétées, aux incompréhensions et à ce climat de crise délétère, je lance un appel solennel pour la mise en place d’un cadre unitaire pour le secteur privé national : un espace de cohésion, de solidarité et de responsabilité collective, capable de renforcer notre voix, de protéger nos entreprises et de nous faire vivre notre mission historique.

Les crises, dit-on, révèlent des faiblesses. S’ils ne montrent pas eux-mêmes le chemin vers l’urgence, montrons que nous ne faisons pas partie de ceux qui détournent le regard. Unissons nos forces dispersées, élevons nos paroles, consolidons notre action. Car la souveraineté ne se proclame pas : elle se construit, ensemble, dans la durée, par le travail et par la dignité.

Ce qui s’est passé doit être condamné sans réserve, non pas pour humilier, mais pour rappeler les limites, restaurer la dignité du débat public et préserver l’honneur de la République.

Abdoulaye Sylla, Investisseur,
Député à l’Assemblée nationale

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