Un avis partiellement favorable pour l’extradition de Madiambal Diagne

(SénéPlus) – C’est une décision en demi-teinte qui relance le bras de fer politico-judiciaire entre Paris et Dakar. Ce mardi 3 mars 2026, la cour d’appel de Versailles s’est prononcée sur le sort de Madiambal Diagne. Selon une dépêche de l’AFP, la juridiction française a rendu un avis « partiellement favorable » à la demande d’extradition formulée par le Sénégal.
L’exil français de Madiambal Diagne a débuté fin septembre 2025. Convoqué par la justice de son pays dans le cadre d’une enquête sur des transactions suspectes, l’homme de médias avait préféré quitter le territoire national. Dans la foulée, un mandat d’arrêt international avait été émis par Dakar à sa rencontre.
Comme le rappelle l’AFP, les autorités sénégalaises l’accusent de diverses « infractions à caractère financier, escroquerie et blanchiment, à l’occasion de contrats passés entre deux sociétés et avec l’Etat sénégalais ».
Pourtant, la cour d’appel de Versailles n’a pas accédé à l’intégralité de la requête sénégalaise. Dans un communiqué cité par l’agence de presse, la juridiction précise avoir rendu cet avis partiellement favorable « compte-tenu de la prescription partielle d’une partie des faits visés ».
Une situation paradoxale que le principal intéressé, entouré de ses soutiens à la sortie du tribunal, a qualifié de « problème peut-être de droit ou de pratique judiciaire », estimant que le fait de « couper la poire en deux » annoncer inévitablement une « nouvelle bataille judiciaire ». Pour autant, Madiambal Diagne s’est dit « vraiment serein, confiant », renouvelant sa confiance en la justice française, car selon lui, « au Sénégal, je ne pourrais pas prétendre à ce traitement-là ».
Une “demi-victoire” et un pourvoi en cassation
Du côté de la défense, l’heure est à la contre-attaque. Me Vincent Brengarth, avocat du patron de presse, a qualifié la décision de « demi-victoire, parce que nous n’avons pas été entièrement suivis dans notre argumentation ». L’avocat a immédiatement annoncé son intention de former un pourvoi en cassation.
Si ce pourvoi n’est pas suspensif de droit, Me Brengarth se montre rassurant quant à une extradition imminente. « Il est évident que compte tenu de l’importance publique de cette affaire, compte tenu de l’importance des enjeux nationaux, internationaux, on n’imagine pas qu’un décret (d’extradition) intervienne dans des conditions aussi dégradées », at-il déclaré à l’AFP, ajoutant qu’un éventuel décret gouvernemental pourrait de toute façon être attaqué devant le Conseil d’État.
L’affaire Madiambal Diagne dépasse largement le strict cadre judiciaire pour empoisonner les relations diplomatiques franco-sénégalaises. Preuve de cette crispation, la ministre sénégalaise de la Justice, Yassine Fall, avait brandi la menace de représailles mi-décembre, menaçant de « suspend toute extradition vers la France » tant que Paris ne satisferait pas à la demande concernant l’homme de presse.
Cette pression avait fait réagir l’ambassadrice de France au Sénégal, Christine Fages. Lors d’un entretien à la radio publique, la diplomate avait tenu à recadrer le débat en rappelant que « M. Madiambal (Diagne) est poursuivi pour des faits délictuels et non criminels », souligne « l’énorme différence » avec les demandes d’extradition françaises portant généralement sur « des crimes de sang ou des trafics en lien avec la criminalité internationale ». Une intervention publique qui n’avait pas manqué d’irriter le ministère sénégalais de la Justice, la qualifiant ouvertement de « forme d’ingérence ».



