Politique

Visite délicate aux États-Unis du chancelier allemand Friedrich Merz

Friedrich Merz entend évoquer les droits de douane que le président Donald Trump souhaite imposer aux pays européens. Un thème crucial pour l’Allemagne, dont l’économie dépend avant tout des exportations. La décision de la Cour suprême des États-Unis, qui a infirmé une partie de la politique de Trump dans ce domaine, plonge les industriels allemands dans l’incertitude.

L’Allemagne souhaite plus de clarté sur les taxes qui seront imposées sur ses produits industriels, comme l’explique Hans Stark, professeur de civilisation allemande à la Sorbonne et conseiller à l’IFRI, l’Institut français des relations internationales.

L’objectif principal reste le commerce, puisque l’Allemagne est directement concernée. Tous les Européens sont concernés par les droits de douane de 15 % décidés par Donald Trump. L’Allemagne est à l’avant-garde en raison du volume de ses échanges commerciaux avec les États-Unis. Le pays a été son principal partenaire commercial pendant quelques années jusqu’au retour de Trump. Aujourd’hui, la Chine a de nouveau dépassé les États-Unis, ce qui n’est pas très visible en Allemagne. Donc, je pense que Friedrich Merz souhaite quand même avoir un peu plus de clarté en termes de prévisions commerciales. Merz ne va pas critiquer directement la puissance américaine. A priori, il s’agit plutôt de quelqu’un qui cherche à cajoler Trump pour éviter le pire, pour maintenir le dialogue avec les États-Unis, pour empêcher les États-Unis de commettre l’irréparable, entre guillemets, également à l’égard de l’Ukraine.

“L’Allemagne souhaite que le gouvernement américain lui dise quelles sont les prochaines étapes”, a déclaré un porte-parole à Berlin. Friedrich Merz avait également prévu de plaider une nouvelle fois en faveur de l’Ukraine auprès de Donald Trump et de résumer le contenu de sa visite en Chine, alors que l’invité de la Maison Blanche doit également se rendre à Pékin début avril.

Le défi de la relation transatlantique

Cette visite intervient après le discours plutôt critique à l’égard des Etats-Unis prononcé par le dirigeant allemand lors de la conférence de Munich en février dernier. Friedrich Merz déplorait alors le « fossé culturel » séparant l’Europe des États-Unis sous l’influence du mouvement MAGA. Le chancelier allemand reste cependant un fervent partisan de la relation transatlantique et il espère entretenir des relations aussi bonnes que possible avec l’allié américain, comme l’explique Hans Stark.

Aucun chancelier n’avait visité les États-Unis autant de fois dans sa vie que Friedrich Merz. Il a visité le pays une centaine de fois. Il a fait du lobbying pro-transatlantique, il a travaillé pour une entreprise américaine lorsqu’il était dans le secteur privé, lorsqu’il traversait le désert politique, lorsqu’Angela Merkel était au pouvoir. Merz est donc plutôt un représentant des cercles transatlantiques. C’est pourquoi son discours à Munich a été plutôt surprenant. Je l’interprète en me disant que c’est l’expression d’un amour déçu, d’un amour profond pour l’Amérique, blessée par la politique de Trump et entretenant l’espoir que tout n’est pas perdu.

La chancelière allemande est le premier dirigeant européen à se rendre à Washington depuis le début de la campagne militaire israélo-américaine en Iran et depuis la décision de la Cour suprême américaine d’invalider le 20 février les vastes droits de douane dits « réciproques » du chef de la Maison Blanche.

Donald Trump a littéralement fait exploser l’agenda, selon la presse allemande, à cause de la guerre en Iran. Berlin, allié indéfectible d’Israël, affirme partager les inquiétudes des États-Unis et de l’État hébreu concernant le programme nucléaire iranien, tout en soulignant qu’il n’était pas associé à l’opération militaire. Friedrich Merz a déclaré que l’Allemagne ne donnerait pas de « leçons » sur la légalité de cette opération.

La question nucléaire européenne

Friedrich Merz effectue cette visite à Washington tandis que Berlin et Paris ont également annoncé lundi 2 mars leur souhait de « renforcer leur coopération en matière de dissuasion face à l’évolution des menaces ». Le président français Emmanuel Macron a déclaré vouloir augmenter l’arsenal nucléaire français. Cette approche illustre la volonté des deux puissances européennes de s’adapter aux troubles des relations transatlantiques dans un contexte de menace persistante représentée par la Russie, quatre ans après le lancement de l’invasion de l’Ukraine, et de crainte d’une instabilité accrue avec le conflit en Iran.

Reste à savoir comment le président américain réagira, s’il le souhaite, à l’annonce sans précédent d’un « groupe de pilotage nucléaire de haut niveau » de la France et de l’Allemagne afin de « renforcer leur coopération en matière de dissuasion ». Berlin s’est jusqu’ici appuyé principalement sur la protection militaire américaine à travers l’OTAN.

“Cette coopération franco-allemande viendra compléter, et non remplacer, la dissuasion nucléaire de l’Otan et les accords de partage nucléaire de l’Alliance atlantique, auxquels l’Allemagne contribue et continuera de contribuer”, ont pris le soin de préciser les deux capitales dans leur communiqué commun.
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