L’Espagne dit non à la guerre et réveille le souvenir du retrait d’Irak

(SénéPlus) – Dans un article détaillé publié ce 4 mars 2026 par le quotidien Le Mondela correspondante à Madrid Isabelle Piquer a mis en lumière la grave crise diplomatique qui secoue actuellement les relations hispano-américaines. En refusant catégoriquement d’ouvrir ses bases militaires aux forces américaines pour frapper la République islamique d’Iran, le gouvernement espagnol s’expose à de lourdes représailles économiques de la part de Donald Trump.
Le chef du gouvernement espagnol assume une rupture nette avec la stratégie de la Maison Blanche. Lors d’une prise de parole ce mercredi 4 mars, Pedro Sanchez s’est opposé à un refus frontal à la logique martiale de Washington. Dénonçant l’illusion de vouloir régler les tensions géopolitiques « à coups de bombes »le leader socialiste a fermement appelé au respect de la légalité internationale.
S’il n’a pas manqué de condamner la brutalité du régime de Téhéran à l’égard de sa propre population, Pedro Sanchez a exigé l’arrêt immédiat des hostilités impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël. Pour le Premier ministre, s’aligner sur les décisions américaines ne constitue en rien une preuve de leadership, qualifiant au contraire une telle attitude de « suiviisme aveugle et servile ». Selon lui, répondre à une action illégale par une autre illégalité constitue le terreau des « plus grandes catastrophes de l’humanité ».
Cette fin de non-recevoir a provoqué l’ire du président américain. Comme le rapport Le MondeDonald Trump avait profité d’une rencontre dans le Bureau ovale avec le chancelier allemand Friedrich Merz, la veille, pour annoncer une série de mesures punitives drastiques. Jugeant l’attitude de la péninsule ibérique « épouvantable »le chef de l’État américain a instruit son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de geler l’intégralité des transactions commerciales transatlantiques avec Madrid.
Cette colère s’enracine également dans de récents désaccords au sein de l’Alliance atlantique. Le président américain a ainsi rappelé que l’Espagne avait déjà refusé, en juin 2025, de s’aligner sur l’exigence de consacrer 5% de son produit intérieur brut aux dépenses militaires de l’OTAN.
Les bases andalouses au cœur des frictions
Le point de friction central réside dans l’utilisation des infrastructures militaires de Rota et Morón de la Frontera, en Andalousie. maintenues liées par les deux nations, ces bases demeurent sous la stricte souveraineté de l’Espagne. La ministre de la Défense, Margarita Robles, a clarifié la doctrine nationale en interdisant tout soutien logistique offensif, le limitant aux seules urgences humanitaires. En réaction immédiate, le Pentagone a procédé au retrait d’une douzaine d’avions ravitailleurs KC-135 de la base de Morón.
Toutefois, la journaliste Isabelle Piquer nuance cette intransigeance de façade. En s’appuyant sur des informations du quotidien El Paiselle rappelle que deux destroyers américains (l’USS Roosevelt et l’USS Bulkeley) stationnés à Rota ont tout de même pu être déployés vers la Méditerranée orientale afin de protéger le territoire israélien des missiles iraniens. Une souplesse qui rappelle l’attitude moins stricte de Madrid lors des frappes ciblées contre le programme nucléaire iranien en juin 2025.
Pour asseoir sa légitimité, Pedro Sanchez n’a pas hésité à convoquer la mémoire politique récente de l’Espagne. Il dresse un parallèle direct avec la décision historique prise en 2004 par José Luis Rodríguez Zapatero de retirer les troupes espagnoles d’Irak. Cette démarche rompait alors avec l’engagement controversé du conservateur José María Aznar, membre du fameux « trio des Açores » avec George W. Bush et Tony Blair.
L’actuel Premier ministre rappelle que ce conflit irakien avait laissé pour héritage « un monde plus dangereux et une vie plus difficile »marqué par une recrudescence du terrorisme et de graves crises migratoires. Ce réflexe d’indépendance s’inscrit dans une longue tradition espagnole, Le Monde rappelant qu’en 1986, le gouvernement de Felipe Gonzalez avait déjà interdit le survol de son territoire aux bombardiers américains en route vers la Libye.



