Guerre au Moyen-Orient, Le calvaire silencieux des Sénégalais de Doha

Le Moyen‐Orient s’embrase depuis l’élimination du guide suprême iranien, le 28 février 2026, à la suite d’une attaque militaire américaine‐israélienne. Prise pour cible par des tirs de représailles iraniens, le Qatar vit au rythme des alertes et des missiles interceptés dans le ciel et activité économique en nette diminution. Les Sénégalais établis à Doha vivent au rythme des tensions. Dans ce climat anxiogène, où le souffle de la guerre freine les affaires, le quotidien oscille entre prières, angoisses et chômage technique.
Depuis le 28 février 2026, le monde retient son souffle. L’opération militaire conjointe a réuni les États‐Unis et Israël contre l’Iran a franchi une ligne rouge en important l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique depuis 1989. Dans la foulée de cette frappe 40 hauts gradés du régime iranien ont également perdu la vie, plongeant Téhéran dans le chaos.
Le bilan humain, côté iranien, est lourd. Le porte‐parole du ministère iranien de la Santé, Hossein Kermanpour, a fait état de 867 morts parmi les forces et les civils, tandis que 5 946 blessés ont été recensés. « Parmi eux, 2 184 sont toujours en cours de traitement dans différents hôpitaux », a‐t‐il précisé lors d’un point presse diffusé.
Côté américain, le commandement central (CENTCOM) a confirmé la mort de six soldats, tandis qu’Israël, soumis à un blackout médiatique total, aucun chiffre exact pour l’instant.
Mais ce qui devait rester une « guerre éclair » s’est transformée en un conflit régional et risque d’être continental. En représailles, l’Iran a activé ses réseaux de missiles balistiques et de drones, visant non pas le territoire américain, mais les bases et intérêts occidentaux disséminés chez ses voisins du Golfe.
Le Golfe en première ligne
Depuis quatre jours, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Koweït, l’Arabie saoudite et le Qatar sont sous la menace permanente de tirs. L’espace aérien de la région, l’un des plus présents au monde, est devenu un champ de tir. Les systèmes de défense antiaérienne américains et locaux travaillent jour et nuit pour intercepter les projectiles.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, a été fermé sur ordre de Téhéran. Plus aucun pétrole n’ose franchir cette ligne de front aquatique. Le Golfe persique, artère vitale de l’économie mondiale, est désormais en ébullition.
L’aviation commerciale est à Berne. Selon la société d’analyse Cirium, sur les 10 000 vols prévus mardi 3 mars à destination ou en provenance de la région, près de 6 000 ont été annulés. Depuis le début du conflit, ce sont plus de 32 000 vols qui ont été supprimés. Les hubs de Dubaï (Emirates), Abou Dhabi (Etihad) et Doha (Qatar Airways) tournent au ralenti, alors qu’en temps normal, 90 000 passagers y transitent chaque jour.
Doha sous les missiles : le récit de l’imam Aliou
Dans ce contexte de tensions extrêmes, la communauté sénégalaise du Qatar tente de survivre. Ils seraient plusieurs milliers, employés pour beaucoup dans la sécurité, le BTP, les services ou encore l’enseignement. Parmi eux, Aliou, imam dans une mosquée de Doha, a accepté de témoigner, la voix calme mais marquée par l’inquiétude.
« Alhamdoulillah, chez nous, la situation va mieux que chez nos voisins, malgré les tensions », confie‐t‐il. « Tout le monde nous appelle du Sénégal pour prendre de nos nouvelles. Nos familles sont inquiètes. »
Pourtant, à Doha, le ciel n’est plus clément. « Sérieusement, on ressent la panique. C’est la première fois que je vis une telle situation. Mais nous prions Dieu, nous lui demandons de nous sortir de là rapidement. Que la paix soit avec nous tous. »
L’imam raconte ces instants où le ciel s’embrase. « Même aujourd’hui, pendant que je dirigeais la prière à la mosquée, à entendre de très fortes détonations. C’est à craindre. Hier, je me suis couché tard. Vers une heure du matin, j’ai étendre le bruit des interceptions. On voit les missiles survoler, on voit le feu. La sécurité est renforcée, mais ce qu’on voit, c’est autre chose. »
Malgré la peur, les fidèles continuent d’affluer vers les lieux de culte, d’autant que le mois sacré de Ramadan bat son plein. « Les mosquées ne désemplissent pas. C’est notre refuge spirituel », confi‐ t‐il. « D’ailleurs, un communiqué venant du ministère des Affaires étrangères a été envoyé dans notre groupe WhatsApp, pour nous inviter à respecter les lois et à signaler toute insécurité constatée. Ainsi des numéros à appeler en cas d’urgence », nous relatons-t-il.
« C’est une période très troublée. Stress, angoisse, questionnement… Mais nous avons la foi. Nous savons que Dieu ne nous abandonne pas », conclut l’imam Aliou.
Un autre témoignage : « On craint d’être attaqué à tout moment »
Joint à Medina Khalifa, un quartier résidentiel de Doha situé à proximité de l’ambassade des États‐Unis et d’une base militaire, un autre ressortissant sénégalais a préféré conserver l’anonymat. La raison : « Avec cette guerre, toute communication est surveillée. On nous interdit de donner des informations sensibles. Il faut être prudent. »
Lui non plus n’oubliera pas le spectacle des nuits de Doha. « La façon dont les missiles sont interceptés, c’est spectaculaire. On voit des lumières dans le ciel, des explosions. Alhamdoulillah, nous remercions Dieu. Pour l’instant, ce n’est pas trop dur, mais on craint d’être attaqué à tout moment. Avec cette situation, rien ni personne n’est épargné. »
Comme des milliers d’expatriés, cet homme est aujourd’hui privé de travail. « L’économie est à l’arrêt. Nous sommes tous au chômage technique. On nous dé‐ conseille de sortir inutilement. Les autorités nous demandent de limiter nos déplacements, car la situation peut dé‐générer à tout moment. »
Même constat sur les infrastructures : « Ce matin encore, on a entendu des tirs. Mais les dégâts ne sont pas trop considérables. L’essentiel est que la situation reste maîtrisée. Mais pour ce qui est de l’aéroport, des transports, des commerces… rien ne marche. Tout est à l’arrêt. »
Au milieu de ce chaos géopolitique, des écoles et des centres commerciaux fermés, des activités culturelles, sportives interrompues, les Sénégalais de Doha tentent de garder espoir. La solidarité communautaire joue à plein. « On s’appelle, on se rassure, on prie ensemble », confie notre témoin anonyme.
La diplomatie sénégalaise en alerte
Face à la détérioration rapide de la situation, le ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères du Sénégal a réagi. Dans un communiqué rendu public, les autorités appellent à la plus grande vigilance.
« Le ministère invite les Sénégalais résidant de manière permanente ou temporaire dans la région à se conformer strictement aux lois et règlements en vigueur dans leurs pays de résidence, ainsi qu’aux mesures de sécurité édictées par les autorités locales », peut‐on lire.
Des numéros d’urgence ont été diffusés, et les compatriotes sont invités à signaler toute situation anormale aux représentations diplomatiques et consulaires du Sénégal dans la région.
Crise au Moyen‐Orient : Un impact économique et géopolitique majeur
Ce qui se joue dans le Golfe dépasse largement le cadre des affrontements militaires. En attaquant des infrastructures stratégiques, l’Iran a ouvert un nouveau front : celui de l’économie mondiale.
L’une des frappes les plus spectaculaires a visé le complexe pétrolier saoudien Aramco, poumon de l’économie saoudienne et de plusieurs pays du monde entier. Dans le même temps, des installations gazières qataries ont été prises pour des cibles. Or, le Qatar est l’un des premiers exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL).
La menace sur les infrastructures énergétiques fait craindre le pire : un choc pétrolier d’une ampleur inédite. Les prix des hydrocarbures flambent déjà sur les marchés asiatiques et européens, et les analystes subiront une hausse vertigineuse dans les semaines à venir si le détroit d’Ormuz reste fermé.
Les grandes compagnies maritimes ont d’ores et déjà détourné leurs navires. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, à peine remises de la pandémie Covid‐19 et de la guerre en Ukraine, pourraient de nouveau s’effondrer.
La communauté internationale appelle à la désescalade et que l’ONU tente en urgence de raviver un dialogue de paix. Le conflit, qui n’en est qu’à ses débuts, menace de s’étendre à l’ensemble de la région et de provoquer une crise énergétique mondiale.



