Le ministre Sy met fin à la polémique Softcare

Après deux mois de polémique intense, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique a présenté ce jeudi les conclusions d’une enquête approfondie qui a blanchi l’entreprise Softcare. L’utilisation de matières premières périmées n’a pas été prouvée, et aucun risque sanitaire n’a pu être démontré scientifiquement. L’inspection de l’Agence de réglementation pharmaceutique est sévèrement sanctionnée pour ses manquements procéduraux et juridiques.
L’affaire Softcare, qui a défrayé la chronique depuis octobre 2025, trouve enfin son épilogue. Face aux journalistes réunis au ministère de la Santé, le docteur Ibrahima Sy a présenté les résultats d’une enquête menée par un comité ad hoc institutionnel comprenant des représentants de l’Assemblée nationale, de son département ministériel et du ministère de l’Industrie et du Commerce. Le verdict est sans appel : aucune preuve matérielle ne démontre l’utilisation de matières premières périmées dans la fabrication des canapés pour bébés et serviettes hygiéniques actuellement commercialisées.
« Un pays ne se gère pas par l’émotion. Il faut de la lucidité et de la froideur pour analyser certaines choses et tirer vraiment des conclusions », a martelé le ministre, adoptant une posture résolument scientifique face à une controverse qui a suscité une vive émotion dans la population. La matière première incriminée – un film en polyéthylène perforé de 95 millimètres – n’entre d’ailleurs pas dans la composition des canapés pour bébés, mais était exclusivement utilisée pour une gamme de serviettes hygiéniques dont la fabrication a été abandonnée depuis le dernier trimestre 2024.
Le comité d’enquête a établi six preuves matérielles de la non-utilisation de cette matière périmée : la différence de taille entre le film incriminé (95 mm) et celui actuellement utilisé dans la production (90 mm), les contradictions dans les fiches de stock qui mentionnent une dernière sortie en septembre 2024 et non 2025, l’absence des produits finis dans la base de données des ventes de l’usine en 2025, l’écart important entre les quantités de matières périmées détruites par l’entreprise (2200 kg) et celles relevées par l’inspection (1300 kg), ainsi qu’un enregistrement audio où le responsable du magasin explique que le maintien en stock visait un éventuel remboursement par le fournisseur.
Sur le plan sanitaire, le ministre s’est montré catégorique : « Aucune preuve scientifique ne démontre l’utilisation efficace de matières premières périmées dans les produits actuellement commercialisés. » Le comité n’a relevé aucun signal de matériovigilance, aucune alerte sanitaire sérieuse, ni aucune donnée épidémiologique établissant un risque pour les usagers. Ibrahima Sy a même confié avoir mobilisé sa « fibre de chercheur » pour documenter le dossier : « Je n’ai pas pu trouver une étude épidémiologique où les résultats démontrent que l’utilisation des canapés ou des serviettes hygiéniques a conduit à des impacts sanitaires. »
Les manquements graves de l’ARP pointus du doigt
L’entreprise Softcare a d’ailleurs transmis au comité les résultats d’analyses indépendantes réalisées par le laboratoire allemand Galap, qui attestent de la conformité des produits aux normes internationales et de l’absence de contaminants environnementaux. Le professeur Yerim Mbaye Diop, coordinateur du comité, a rappelé que le risque sanitaire se définit comme « le danger inhérent présent dans le produit multiplié par l’exposition ». Dans ce cas d’espèce, ni le danger ni l’exposition problématique n’ont pu être démontrés.
C’est sans doute l’aspect le plus sévère du rapport : les inspections conduites par l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP) sont caractérisées par de multiples insuffisances tant sur le fond que sur la forme. Le comité a relevé l’absence de fondement juridique clair, le décret d’application encadrant les produits cosmétiques et d’hygiène corporelle n’ayant toujours pas été adopté. La décision de retrait des produits du marché a été prise en violation des dispositions réglementaires : absence de prélèvement d’échantillons, défaut de mise sous étanchéité des produits incriminés, absence de tests préalables pourtant exigés par le décret sur la surveillance du marché.
« Si on doit retirer un produit, ce que dit la réglementation sur la surveillance du marché, il faut faire un test et prouver que le produit est dangereux pour la santé avant de pouvoir le retirer », a insisté le ministre. Les rapports d’inspection présentent également des incohérences notoires, avec des fiches d’entrée et de sortie ne corroborant pas les conclusions avancées. Le ministre a annoncé des mesures correctives, notamment l’accélération de l’adoption du décret encadrant les produits cosmétiques, l’élaboration de normes nationales, et la création d’un cadre formel de coordination inter-institutionnelle.
Interrogé sur les allégations de corruption et de pressions évoquées par le directeur des inspections de l’ARP, Ibrahima Sy a renvoyé la question à la justice : « Si c’est une affaire en justice, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? » Le ministre a néanmoins affirmé n’avoir subi aucune pression du gouvernement et a appelé à plus de transparence : « Il faut que les gens s’arrêtent d’être dans l’émotion. » L’entreprise Softcare, quant à elle, a corrigé la quasi-totalité des écarts relevés lors de l’inspection d’octobre 2025, notamment par la destruction des matières premières en présence de la gendarmerie et le recrutement d’un pharmacien.



