Société, Culture

Mandat d’arrêt international contre Tariq Ramadan

(SenePlus) – La justice française a franchi un cap décisif vendredi dans le procès de l’islamologue Tariq Ramadan. Absent depuis l’ouverture de son procès pour violations lundi dernier, le prédicateur de 63 ans fera l’objet d’un jugement par défaut, a décidé la cour criminelle départementale de Paris. Un mandat d’arrêt international a également été émis à son rencontre.

La décision de la cour intervient après la lecture d’un rapport d’expertise médicale commandé par la justice. Deux neurologues désignés ont conclu à la “stabilité de la sclérose en plaques” dont souffre Tariq Ramadan, “sans signe de poussée récente”, selon Le Monde qui a rapporté les faits vendredi 6 mars en fin de journée.

Cette conclusion contredit frontalement la défense de l’accusé, qui justifiait son absence par une hospitalisation d’urgence à Genève deux jours avant l’ouverture du procès, invoquant une “poussée” de sclérose en plaques. Les experts ont estimé que l’islamologue “peut comparer devant la cour criminelle départementale de Paris”.

L’avocat général Philippe Courroye n’a pas mâché ses mots. Dans des propositions qualifiées de “tranchants” par Le Monde, le magistrat a fustigé “une dérobade” de Tariq Ramadan, affirmant qu’il avait “mis une frontière et le lac Léman entre la justice française et lui parce qu’il ne veut pas être jugé”. Il a estimé que l’accusé faisait “montrer de lâcheté” avant de demander à la cour de “le juger par défaut et de décerner à son rencontre un mandat d’arrêt” international.

L’avocat d’une des parties civiles, Me David-Olivier Kaminski, représentant Henda Ayari, a abondé dans ce sens : “On comprend qu’il souhaite mettre la justice au pied du mur”.

La défense claque la porte

Les avocats de Tariq Ramadan ont quitté la salle d’audience après l’énoncé de la décision de la cour. Auparavant, Me Ouadie Elhamamouchi avait plaidé que « le renvoi s’impose », affirmant solennellement que « Tariq Ramadan demande ce procès, souhaite être jugé ». L’avocat a ajouté : “On a l’impression qu’on veut que ce procès se déroule sans Tariq Ramadan”, avant de déclarer : “Nous ne précautionnons pas un procès sans Tariq Ramadan”.

L’islamologue est jugé jusqu’au 27 mars à Paris pour des faits présumés commis sur trois femmes entre 2009 et 2016, qu’il conteste. Il s’agit d’un viol aggravé avec violences sur personne vulnérable commis sur “Christelle” à Lyon en octobre 2009, d’un viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, ex-salafiste devenue militante laïque ayant porté plainte en octobre 2017, et d’un autre sur une troisième femme en 2016.

Tariq Ramadan encourt jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. L’islamologue, déjà condamné par la justice suisse pour une violation sur une femme, a multiplié les offensives procédurales pendant l’instruction pour réclamer une reprise des enquêtes et repousser la tenue du procès, arguant disposer de nouvelles expertises prouvant selon lui son innocence.

Le procès se poursuit désormais sans la présence physique de l’accusé principal, une situation inédite pour une affaire qui avait défrayé la chronique en 2017 lors de l’émergence des premières accusations dans le sillage du mouvement #MeToo.

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