Le plaidoyer de Cheikh Tidiane Gadio pour un sursaut national et continental

(SénéPlus) – Lors de son passage à l’émission Le Grand Jury sur RFM ce 8 mars 2026, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a livré une analyse sans concession sur la situation politique du Sénégal, les crises sahéliennes et les grands enjeux diplomatiques mondiaux. Entre appels au calme intérieur et vision d’une Afrique unie, le leader du mouvement Luy Jot Jotna s’est posé en défenseur d’une souveraineté africaine renforcée.
Interrogé sur les tensions actuelles au sommet de l’État sénégalais et le climat social pesant, Cheikh Tidiane Gadio n’a pas mâché ses mots. Pour lui, le pays traverse une période d’incertitude économique et sociale qui nécessite une reprise en main institutionnelle. Il pointe du doigt une défaillance globale des acteurs politiques, estimant que les querelles intestinales prennent trop souvent le pas sur les préoccupations des citoyens.
Analysant la situation nationale avec gravité, il a déclaré : « Nous sommes victimes du naufrage collectif de la classe politique. Elle n’est pas à la hauteur des défis de notre pays. » Ce constat l’a mené à exhorter le Président de la République à assumer pleinement son rôle de « clé de voûte des institutions » pour restaurer l’ordre et la sérénité.
L’un des points forts de l’entretien a porté sur la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU. Alors que le débat divise l’opinion nationale, Gadio adopte une posture d’homme d’État. Pour lui, cette élection dépasse les clivages partisans et représente une opportunité historique pour le continent de peser dans la réforme du système multilatéral.
Il invite les Sénégalais à dépasser les ressentiments internes pour voir l’intérêt supérieur de la nation et du continent : « Arrêtons ce débat-là. Moi je pense qu’on doit soutenir la candidature de Macky Sall. On doit l’aider à accéder à la tête de l’Organisation des Nations Unies, car c’est une très bonne chose pour le Sénégal et pour l’Afrique. » Selon lui, une telle victoire permettra de porter plus haut les revendications africaines, notamment sur la dette et la réforme du Conseil de sécurité.
Le Sahel et la CEDEAO : Refuser le divorce
Sur le plan régional, Gadio s’est montré très préoccupé par le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO. En tant que panafricaniste, il rejette l’idée d’une séparation définitive entre ces pays frères et l’organisation sous-régionale. Il prône une approche de dialogue et de refondation plutôt que de confrontation, critique au passage des erreurs stratégiques passées de l’organisation.
Sa vision pour l’avenir est celle d’une intégration plus large et plus audacieuse : « Je refuse le divorce. Le Mali, le Niger et le Burkina ne peuvent pas quitter la CEDEAO. Nous devons recomposer l’organisation, créer une nouvelle CEDEAO qui inclurait le Tchad, la Mauritanie et même le Maroc pour anciennement une puissance d’un demi-milliard d’habitants. »
Enfin, face à un monde qu’il décrit comme « désarticulé » par les tensions entre grandes puissances et les conflits pour les ressources naturelles, Cheikh Tidiane Gadio appelle à un réveil du leadership africain. Il déplore que l’Afrique n’ait pas encore de discours commun face aux crises mondiales, au risque de subir une nouvelle forme de colonisation économique. Pour l’ancien ministre, l’heure n’est plus aux petits calculs, mais à la construction d’un État fédéral ou d’une union régionale forte capable de protéger les intérêts des générations futures.



