Politique

les 91 millions de francs CFA qui cristallisent les tensions autour des investissements locaux de BP

En janvier 2026, le groupe de réflexion Legs Africa a rendu public son rapport évaluant les impacts environnementaux et sociaux du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA). Ce document, qui passe au crible les actions de l’opérateur BP et de ses partenaires, s’intéresse spécifiquement à la mise en œuvre d’investissements sociaux et à l’application du contenu local à Saint-Louis au Sénégal, ainsi qu’à Ndiago en Mauritanie.

Selon les informations rapportées par le journal Le Quotidien, l’étude souligne un faible niveau d’implication des entreprises locales dans la réalisation des projets communautaires. À Saint-Louis, on rapporte que les grands projets ont échappé à l’attention des prestataires de services de la région. On évoque notamment la reconstruction de l’école de Khary Mbengue, pour un coût de 450 millions de francs CFA, et le projet de récifs artificiels estimé à plus de 3 milliards de francs CFA.

L’observation s’étend à la localité de Ndiago, en Mauritanie. Le rapport souligne que la construction de la canne à pêche, qui a coûté 351 000 dollars (environ 138 millions d’ouguiyas), n’a pas bénéficié principalement à la main d’œuvre locale. Les résidents signalent également des échecs concernant la durabilité des infrastructures. L’absence d’une société de contrôle mandatée par BP pour superviser ces travaux est pointée du doigt, tout comme la qualité des eaux de forage financées par l’opérateur, dont le procédé de traitement ne serait pas respecté.

En termes de contenu local, les données de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) illustrent une participation économique limitée des acteurs de la région. En 2023, sur un volume de transactions dépassant les 23 milliards de francs CFA dans le secteur, seuls 8 milliards ont été captés par les entreprises sénégalaises, et à peine 91 millions de francs CFA par les entreprises saint-louisiennes. Pour le premier semestre 2024, les dépenses de BP en faveur des fournisseurs locaux se sont élevées à 3,16 milliards de francs CFA, contre 9,8 milliards pour les fournisseurs étrangers.

Concernant l’emploi, le secteur des hydrocarbures comptait 400 travailleurs sénégalais en 2023, pour une masse salariale totale de 10,4 milliards de francs CFA. Cependant, à une échelle strictement locale, le recrutement reste limité. A Saint-Louis, seule une dizaine de personnes travaillent au centre d’information BP et au niveau du hub.

En Mauritanie, le contexte général présente des chiffres différents : BP a alloué 1,739 milliard de dollars aux entrepreneurs locaux, générant plus de 2 615 emplois directs, une dynamique facilitée par l’expérience du pays avec le champ pétrolier de Chinguitti. Cependant, la localité spécifique de Ndiago ne compte actuellement que trois de ses nationaux embauchés au niveau du hub.

Face à ces données, Legs Africa recommande à l’opérateur de réaliser une cartographie des compétences locales afin de planifier des programmes de formation dédiés aux jeunes de Saint-Louis et de Ndiago. Le document conclut que l’optimisation des mécanismes de transparence et de participation communautaire est nécessaire pour construire une relation de confiance et répondre aux attentes des populations impactées par les opérations gazières offshore.

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