Qualifié de « terroriste » par deux gouverneurs, une ONG documente un pic de plaintes inédit depuis 1996

Aux États-Unis, le climat politique et les tensions internationales liées au conflit impliquant Israël et l’Iran s’accompagnent d’une recrudescence marquée des actes antimusulmans. Un rapport exhaustif publié ce mardi met en lumière l’impact direct des récents discours politiques et des décisions de l’administration de Donald Trump sur les droits civiques d’un parti de la population américaine.
Selon les données consultées par notre rédaction via Al Jazeera, le Conseil des relations américaines-islamiques (CAIR) a recensé 8 683 plaintes pour discrimination à l’échelle nationale en 2025. Ce volume représente le niveau le plus élevé enregistré par l’organisation de défense des droits civiques depuis le début de ses publications statistiques en 1996. Corey Sawyer, directeur de la recherche au sein du CAIR, indique que cette hausse s’inscrit dans un contexte où des responsables les publics affirment de plus en plus que « la liberté est soumise à des conditions ».
La rhétorique employée par plusieurs élus au sommet de l’État illustre cette dynamique. Le représentant républicain Andy Ogles a déclaré publiquement que « les musulmans n’ont pas leur place dans la société américaine », qualifiant le pluralisme de mensonge. Son collègue Randy Fine a exigé leur expulsion totale sur les réseaux sociaux, tandis que Keith Self affirmait en janvier que l’Islam cherchait la « domination mondiale ». Ces prises de position se sont matérialisées au Congrès par le lancement du « Sharia-Free America Caucus », un groupe parlementaire comprenant 45 législateurs, dont l’objectif affiché est d’exclure l’identité religieuse musulmane de la vie civique américaine.
Sur le plan institutionnel, le CAIR a lui-même fait l’objet de mesures restrictives. Les gouverneurs du Texas et de la Floride ont désigné l’association comme une « organisation terroriste étrangère ». Bien que cette étiquette n’ait aucune valeur juridique au niveau de l’État, l’ONG a intenté des poursuites pour diffamation et violation du premier amendement de la Constitution. En Floride, le projet de loi HB 1471 prévoit des sanctions, allant de la retenue de fonds à l’expulsion, pour les étudiants et établissements liés à des groupes pro-palestiniens. Plusieurs étudiants font actuellement l’objet de procédures d’expulsion pilotées par l’administration fédérale.
Des communautés spécifiques ont été directement ciblées par les politiques de l’exécutif. Le rapport souligne l’impact de l’« Opération Metro Surge », une initiative de lutte contre l’immigration lancée en décembre et janvier dans le Minnesota. Donald Trump a justifié cette opération en pointant du doigt l’importante communauté d’origine somalienne de l’État, utilisant des termes dégradants à leur rencontre. Conséquence directe : le Minnesota a enregistré une augmentation de 96 % des plaintes pour discrimination entre 2024 et 2025. Parallèlement, la communauté afghane a subi un gel total des procédures de visa et d’immigration suite à l’implication d’un suspect afghan dans une fusillade mortelle à Washington, correspondant à l’ensemble de ces ressortissants sous une surveillance accrue.
Cette dégradation du climat social est corroborée par une seconde étude du Centre d’étude de la haine organisée (CSOH). Ce document conclut que le déclenchement de la guerre impliquant les États-Unis a accéléré la diffusion de contenus déshumanisants en ligne, qualifiant régulièrement les musulmans de « parasites » ou de « nuisibles ». Le CAIR rappelle par ailleurs que le gouvernement a gelé les fonds fédéraux de plusieurs universités ayant abrité des manifestations pro-palestiniennes, s’appuyant sur la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, un cadre souvent reflété par les défenseurs des droits pour assimiler la critique d’Israël à de l’antisémitisme.



