Confirmation de la présence de matières premières périmées dans le processus de fabrication

Près d’une semaine après les déclarations du ministre de la Santé et de l’hygiène publique, Ibrahima Sy, la polémique autour des produits Softcare rebondit avec virulence. Ce mardi 10 mars 2026, le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens‐dentistes du Sénégal (SAMES) et le Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (SUTSAS) sont montés au créneau pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un désaveu public des agents de régulation. Ils exigent une enquête indépendante et brandissent la menace d’un mouvement de grève « imminent » à Dakar, puis régional.
L’affaire, qui ébranle le secteur de la santé depuis décembre 2025, semble loin d’être enterrée. Alors que le ministre Ibrahima Sy affirmait le 5 mars dernier, sur la base d’un rapport technique, que les serviettes hygiéniques et canapés pour bébés de l’entreprise Softcare ne présentaient « aucun risque sanitaire », les syndicats ont contre‐attaqué lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 10 mars 2026 à Dakar (Relais).
Réunis sous la bannière du SAMES et du SUTSAS, les syndicalistes ont vivement parlé de la posture du ministre. « Nous dénonçons le rôle de l’avocat de Softcare endossé par le ministre », a fustigé la porte-parole du jour, Mariama Thiam, devant la presse. « Contrairement à l’affirmation du ministre, nous confirmons sans ambiguïté la présence de matières premières périmées dans l’enceinte de l’unité de production de canapés et serviettes hygiéniques, en compagnie des gendarmes. » Selon elle, les propositions du chef de département reviennent à « désavouer publiquement les agents affirmés de l’Autorité de régulation pharmaceutique (ARP) », ces derniers étant les premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme concernant l’usage présumé de matières premières périmées dans le processus de fabrication.
En effet, le 5 mars, le ministre Ibrahima Sy, s’appuyant sur les conclusions d’un comité technique ad hoc dépêché sur le site de production de Sindia (Thiès), avait tenu à apaiser les inquiétudes des populations. « Aujourd’hui, il n’y a aucune preuve scientifique qui démontre l’utilisation efficace de matières premières périmées dans les produits actuellement commercialisés », avait‐il martelé. Une déclaration qui visa à apaiser les familles sénégalaises, mais qui a visiblement jeté de l’huile sur le feu chez les professionnels de santé.
Un « risque systémique » pour la santé publique
Loin de se contenter d’une simple technique de contestation, le SAMES et le SUTSAS élargissent le débat à la gouvernance de l’Agence sénégalaise de régulation pharmaceutique (ARP). Ils dépeignent le tableau d’une institution en proie à des « dérives inquiétantes ». « Des soupçons de trafic de médicaments dans une agence qui était censée protéger la population. Ces exemples illustrent une dérive inquiétante. Les agents qui protègent la santé publique sont sanctionnés, tandis que ceux qui contournent les règles sont promus », a tonné Mariama Thiam, soulignant une « conséquence : un risque systémique pour la santé publique. »
Selon les syndicats, cette situation crée un « climat délétère » au sein de l’ARP et menace directement l’efficacité du système national de régulation. « Une institution censée être le rempart contre les produits de santé dangereux risque ainsi de devenir, par l’affaiblissement de ses mécanismes internes, un facteur de vulnérabilité pour la sécurité sanitaire du pays », ont‐ils regretté.
Quatre exigences pour faire toute la lumière
Estimant que la situation « dépasse largement le cadre d’une simple polémique administrative », les deux syndicats estiment que l’enjeu est désormais la crédibilité du système de régulation et de la sécurité des Sénégalais. « Le droit des Sénégalais aux produits de santé sûrs, efficaces et de qualité n’est pas négociable », a déclaré la porte‐parole.
Pour enrayer ce qu’ils perçoivent comme une « menace directe pour la sécurité sanitaire des populations », le SAMES et le SUTSAS formulent une série de demandes claires. Ils exigent : « la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, impliquant l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) et l’Inspection générale d’État (IGE) », afin de garantir « transparence et traçabilité » dans ce dossier. « Un audit complet des procédures d’homologation, d’inspection et de délivrance des certificats au sein de l’ARP ». « La publication transparente et détaillée des saisies réellement effectuées dans la lutte contre les médicaments illicites ». « Une mise en garde solennelle aux autorités afin que « toute la lumière soit faite avant qu’un véritable drame sanitaire ne survienne », alertent‐ils.
Alors que le ministre semble vouloir clore le chapitre, les syndicats, eux, le rouvrir avec fermeté. Estimant que le retour à « l’orthodoxie » à l’ARP passe par un rapport de force, le SAMES et le SUTSAS ont décidé de passer à la vitesse supérieure. « Face à cette situation, nous vous annonçons la perspective d’une lutte commune pour le retour de l’orthodoxie à l’ARP, par une première et imminente grève commune, d’abord régionale à Dakar, puis nationale », ont‐ils prévenu.
Chronique d’une affaire à rebondissements
Pour rappel, l’affaire dite « Softcare » a éclaté en décembre 2025. L’ARP avait initialement prévu un courrier aux professionnels de la santé, les alertant sur la présence de matières premières périmées dans le circuit de fabrication de produits destinés aux bébés, aux enfants et aux femmes. L’agence avait alors ordonné le retrait du marché des produits de la marque, avant de revenir sur sa décision une semaine plus tard.
Face à la confusion, une mission conjointe composée d’experts du ministère de la Santé, du Commerce et d’un représentant de l’Assemblée nationale avait été mandatée pour mener une enquête approfondie. C’est à la suite de cette enquête que le ministre Ibrahima Sy a rendu ses conclusions le 5 mars, concluant à l’absence de risque sanitaire.



