le commandant de l’armée et trois coaccusés risquent 10 ans de prison

Au cœur de l’affaire se trouve Ibrahima Chimère Barro, commandant et chef de corps du bataillon principal de musique des forces armées, poste qu’il occupe depuis plus de trente ans.
A ses côtés figurent également :
Hubert Assogba, ancien technicien audiovisuel reconverti dans l’immobilier,
Mbacké Sow Ndiaye, étudiant,
Mamadou Fatou Ndiaye, agent postal basé à la Médina.
Les quatre hommes sont poursuivis pour association de malfaiteurs, tentative de faux en billets de banque, contrefaçon de signes monétaires et détention de matériel contrefait. Cependant, tous ont rejeté les accusations portées contre eux.
Le commandant Barro revient sur ses aveux
Lors de l’audience, Ibrahima Chimère Barro a surpris l’assistance en infirmant complètement les propos tenus lors de l’enquête préliminaire.
Devant le tribunal, il affirme avoir inventé l’histoire qu’il a racontée à la police.
“Je nie les faits. J’ai raconté une histoire parce qu’un supérieur m’a dit de reconnaître les faits. Il m’a assuré que l’affaire serait réglée dans deux semaines”, a-t-il déclaré.
Au cours de l’enquête, le policier a néanmoins indiqué avoir reçu un colis contenant des billets noirs délivré par un individu identifié comme Serigne Mbaye, résidant à Touba. Devant les juges, il a finalement rejeté cette version.
Selon lui, le jour de son interpellation, il avait simplement quitté le camp Leclerc avant de récupérer deux jeunes en auto-stop à proximité de la Foire, tous se rendant à Keur Massar pour visiter un appartement à louer.
Une arrestation contestée
Toujours selon le récit présenté à l’audience, les gendarmes ont ensuite encerclé le groupe avant de les conduire jusqu’à un appartement, où un sac contenant les fameux billets noirs a été découvert.
Le commandant nie toute implication :
“Je n’ai jamais détenu ces billets. Je ne les ai vus à la brigade que lorsque le major Kandji m’en a montré un. »
Les coaccusés rejettent également les faits
Les trois autres prévenus ont également nié toute participation au prétendu réseau.
Hubert Assogba affirme n’avoir rencontré le commandant qu’une seule fois dans son bureau du Camp Leclerc pour discuter d’un projet lié aux instruments à vent. Il affirme que le jour de son arrestation, il se trouvait à Keur Massar pour installer une sonorisation dans une église.
De son côté, Mamadou Fatou Ndiaye avoue seulement connaître l’étudiant Mbacké Sow Ndiaye. Les deux hommes affirment s’être rendus à Keur Massar pour visiter un appartement à louer.
L’étudiant affirme avoir été interpellé à la sortie d’un magasin où il rechargeait son téléphone.
“Je n’avais avec moi que du parfum et de l’argent que je devais offrir à ma mère à Malika. Je n’ai jamais vu ces billets noirs”, a-t-il déclaré.
La défense dénonce un dossier incomplet
Au cours de la procédure, les avocats de la défense ont vivement critiqué la thèse de l’accusation. Selon eux, plusieurs éléments essentiels manquent à la procédure.
Selon les informations rapportées par L’Observateur :
aucune contravention noire n’a été présentée au tribunal,
aucun matériel contrefait n’a été saisi,
aucun sceau officiel n’apparaît dans la procédure.
L’un des avocats a ainsi estimé que l’absence de scellés affaiblissait grandement l’accusation.
« Sans sceaux, le procès est tué dans l’œuf », a-t-il déclaré.
La défense a également souligné le manque d’expertise technique pour établir si les prétendues notes noires pouvaient réellement être transformées en véritables notes.
Le parquet demande 10 ans de prison
Le ministère public estime de son côté que les gendarmes ont démantelé un réseau structuré autour de la technique des notes noires.
Selon le procureur :
Ibrahima Chimère Barro aurait détenu les billets,
Hubert Assogba aurait servi de solliciteur,
les deux Ndiaye auraient été chargés de laver et de mettre en circulation les faux billets.
Le parquet regrette également que les prévenus reviennent désormais sur les aveux recueillis au cours de l’enquête.
Estimant les faits particulièrement graves, le procureur a requis 10 ans de prison et 20 millions de FCFA d’amende à l’encontre de chacun des accusés.
Verdict attendu le 15 avril
Placés en détention depuis près de trois ans, les quatre prévenus attendent désormais une décision de justice.
Après plusieurs heures de débat, le tribunal correctionnel de Pikine-Guédiawaye a mis l’affaire en délibéré.
Le verdict est attendu le 15 avril.



