Société, Culture

l’ambassadeur américain a convoqué après avoir rejeté publiquement une décision de justice locale.

Le gouvernement sud-africain a convoqué l’ambassadeur des États-Unis à Pretoria pour s’expliquer sur des propositions potentiellement qualifiées de non diplomatiques. Cette démarche institutionnelle s’inscrit dans un contexte de relations de plus en plus tendues entre les administrations de Cyril Ramaphosa et de Donald Trump.

Le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola, a annoncé mercredi la convocation de Leo Brent Bozell III, en poste depuis la fin du mois de février. L’incident fait suite à la première apparition publique du diplomate, tenue mardi devant un parterre de chefs d’entreprise.

Lors de cette rencontre, l’ambassadeur a évoqué le chant datant de l’époque de l’apartheid, « Tuez le Boer, tuez le fermier ». Alors que la justice sud-africaine a statué que ce slogan ne constituait pas un discours de haine et devait être remplacé dans le contexte historique de la lutte contre la minorité blanche, Leo Brent Bozell III s’est inscrit en faux contre cette jurisprudence. « Je suis désolé, je me fiche de ce que disent vos tribunaux. C’est un discours de haine », a-t-il déclaré. Face aux réactions suscitées par cette sortie, il a publié mercredi un message sur le réseau social X, affirmant qu’il s’agissait de son opinion personnelle et que le gouvernement américain respectait l’indépendance du système judiciaire sud-africain.

Le diplomate a également évoqué les politiques nationales visant à corriger les disparités d’emploi héritées de l’apartheid, les comparaisons aux anciennes lois discriminatoires envers les citoyens noirs. Ronald Lamola a formellement rejeté cette analogie. Le ministre a souligné que l’autonomisation économique des Noirs n’est pas du racisme inversé, mais un impératif constitutionnel visant à corriger les déséquilibres structurels du pays, ajoutant que l’ambassadeur ne devait pas ramener la société vers une polarisation raciale.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette convocation intervient alors que l’administration de Donald Trump maintient une pression constante sur Pretoria, en s’appuyant sur des allégations de persécution visant les Afrikaners blancs. Les États-Unis avaient auparavant imposé des droits de douane de 30 % sur l’Afrique du Sud — une mesure récemment invalidée par la justice américaine — et accordé le statut de réfugié aux Afrikaners blancs. Le gouvernement sud-africain reconnaît un taux de criminalité élevé sur son territoire, mais dément tout ciblage spécifique de cette communauté, les données montrant que les résidents noirs sont proportionnellement plus touchés par la criminalité.

Fondateur du Media Research Center, Leo Brent Bozell III est un allié de longue date de Donald Trump. En 1990, son organisation avait reproché aux médias américains de ne pas qualifier Nelson Mandela de terroriste. Lors de son audition de confirmation au Sénat en octobre dernier, il s’est justifié en rappelant l’alignement de Mandela sur l’Union soviétique à l’époque, tout en ayant assuré désormais le plus grand respect pour l’ancien dirigeant. Par ailleurs, son fils, condamné pour sa participation à l’émeute du 6 janvier 2021 au Capitole, figure parmi les 1 600 personnes graciées par Donald Trump l’année dernière.

Al Jazeera précise que cette convocation s’ajoute à une série d’incidents diplomatiques récents impliquant des représentants de l’administration américaine. En février, le ministère français des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur américain Charles Kushner suite à ses commentaires sur la mort d’un militant d’extrême droite. Le même mois, la Belgique a convoqué l’ambassadeur Bill White après que ce dernier a accusé des responsables belges d’antisémitisme dans le cadre d’une enquête sur la pratique de circoncisions rituelles.

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