Oumar Ndiaye condamné à 30 ans de prison

Oumar Oumar Ndiaye, 21 ans, a été condamné ce jeudi 12 mars par la cour d’assises de la Manche à une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de 20 ans, pour le viol de Mégane avec torture ou acte de barbarie à Cherbourg (Manche) en août 2023. L’audience s’est déroulée à huis clos, à Coutances, pendant deux jours. Ni l’avocat de l’accusé, Me Kian Barakat, ni l’avocate de Mégane, Me Catherine Besson, n’ont répondu à nos demandes.
La vie de Mégane, mais aussi celle de toute une famille, a été bouleversée vendredi 4 août 2023. Ce matin-là, la jeune femme de 29 ans vivant seule au deuxième étage d’un immeuble du centre-ville, a été réveillée vers 8 heures par quelqu’un qui frappait à sa porte. La jeune femme pense que c’est un voisin qui s’est trompé de porte, comme cela arrive parfois. Elle ouvre sans soupçon.
Son agresseur, qu’elle avait déjà vu mais qu’elle ne connaissait pas, s’est précipité vers elle puis l’a frappée au visage et sur tout le corps. Il la viole ensuite à plusieurs reprises, notamment à l’aide d’un manche à balai de 75 centimètres. La victime se voit mourir. Avant de prendre la fuite, son agresseur prend soin de lui donner une fausse identité puis lui dit : « Si tu parles, je te tue. » Oumar Ndiaye était déjà venu frapper à la porte de l’appartement de Mégane, sans raison, quatre mois avant les faits.
Bien que grièvement blessée, Mégane – employée dans une structure d’accueil pour personnes handicapées – prend la peine de prévenir par message sa collègue qu’elle ne pourra pas venir travailler. Elle appelle ensuite les pompiers et est transportée aux urgences. Les médecins ont diagnostiqué chez la victime une perforation du côlon, de l’intestin grêle, du péritoine et du diaphragme, un pneumothorax, des fractures des côtes et un risque élevé de choc septique. Choqués par la gravité des blessures, certains membres du personnel de l’hôpital de Cherbourg ont été émus jusqu’aux larmes. Les chirurgiens et les soins intensifs ont réussi à lui sauver la vie. Opérée pendant six heures, Mégane a été plongée dans un coma artificiel dont elle est sortie environ un mois plus tard.
Ni empathie ni remords
Alors âgé de 18 ans, Oumar Ndiaye, a été arrêté au domicile de sa mère à Cherbourg, une semaine après le crime. Un fichier automatisé d’empreintes digitales (FAED) a permis d’associer son identité à une trace papillaire retrouvée sur une porte du domicile de la victime. Autre indice : la géolocalisation de son téléphone portable. Dans la matinée du 4 août 2023, il sort d’une discothèque du centre-ville de Cherbourg, située à quelques dizaines de mètres du domicile de la victime.
En garde à vue, le suspect n’a exprimé ni empathie envers la victime ni remords. « Comportement psychopathique », confiait au Figaro une source proche du dossier au moment des faits. Oumar Ndiaye avait déjà été condamné à cinq reprises par le juge des enfants et le tribunal pour enfants pour des faits de dégradations matérielles et de violences. Une vidéo publiée en 2023 par une ex-petite amie sur TikTok suggérait qu’il aurait pu l’agresser. La jeune fille y est apparue avec un visage tuméfié et des bleus sur le corps.
Oumar Ndiaye était également connu de la justice pour des faits à caractère sexuel. “Une procédure pour viol sur mineure initiée en 2019 a été classée sans suite par le parquet en 2020, au motif que le délit n’était pas suffisamment grave. Et une procédure pour agression sexuelle contre sa sœur fait actuellement l’objet d’une enquête, sans qu’il soit possible à ce stade de déterminer si ces faits sont établis ou non”, a indiqué le parquet de Coutances dans un communiqué après le délit.
Les viols de 2019, classés sans suite, auraient eu lieu au sein d’un internat médico-so-éducatif et la tentative d’agression sexuelle sur sa sœur de 12 ans en 2022, selon une source policière au Figaro. Selon nos informations, une association d’aide à l’enfance avait hébergé la petite fille chez son père, séparé de la mère des enfants.
Malgré ces condamnations, Oumar Ndiaye n’a jamais été incarcéré et a été placé dans des centres socio-éducatifs. A sa majorité, le suspect est retourné vivre chez sa mère, dans un quartier populaire de Cherbourg, quelques mois avant le crime. Inactif, il passait la plupart de son temps à fumer du haschisch en contrebas de son immeuble avec son groupe d’amis. Plusieurs résidents affirment qu’il urinait et déféquait régulièrement dans la cage d’escalier. Selon eux, il sifflait également les voisins et n’hésitait pas à frapper sa propre mère lors de ses accès de colère.
La difficile reconstruction de la victime
De son côté, Mégane est revenue vivre chez sa mère après sa sortie de l’hôpital. La jeune femme a dû subir plusieurs opérations après son agression, prend désormais des antidépresseurs et est suivie psychologiquement et psychiatriquement. Elle se souvient de chaque seconde de sa terrible attaque, fait des cauchemars récurrents où elle revit le crime et a développé des problèmes de mémoire et d’attention. Depuis les événements, Mégane ne sort plus seule et ne veut plus remettre les pieds à Cherbourg. Lors de ses rares sorties, Mégane reste en alerte et pense régulièrement croiser son agresseur, comme une menace permanente qui se profile.
Les médecins lui ont fait comprendre qu’il lui faudrait « reconstruire une autre vie ». “En commettant cet acte, il l’a privée de tout. Elle aimait le sport, elle n’en peut plus. Elle aimait son métier, elle ne peut plus y aller. Les soirées sont finies. Elle ne veut plus de rien. Elle ne voit plus ses amis ni ses collègues”, confiait sa mère, Sandrine, au Figaro en avril 2024. “On la voit souffrir tous les jours. Elle se bat pour s’en sortir mais c’est difficile”, résumait Sandrine.
En pleine tempête, les parents de Mégane ont néanmoins pu compter sur la mobilisation de 4 500 anonymes qui, bouleversés par la barbarie du crime, ont participé à une cagnotte en ligne. Lors de notre rencontre en avril 2024, le père de Mégane, Ludovic, déplorait le silence assourdissant de l’exécutif et des féministes. “Nous n’avons pas eu un seul appel du gouvernement ou des députés locaux pour mon enfant. Rien. Et nous n’avons pas entendu les féministes non plus. Tout le monde s’est écrasé pour ne pas faire de vagues”, a-t-il déploré.
“Je suis très triste pour mon enfant. J’ai toujours de la haine, elle sera toujours là. Si son agresseur avait été en prison comme il aurait dû l’être, cela ne serait pas arrivé. J’attends le procès pour le regarder dans les yeux, je ne baisserai pas la tête”, a poursuivi le père de Mégane. Un souhait qu’il n’a pas pu mettre en pratique.
Aujourd’hui en désaccord avec sa fille et son ex-femme, Ludovic n’a pas été « autorisé » à assister au procès. “Mon absence à l’audience fait suite à la demande de ma fille, qui considère que ma présence n’est plus nécessaire. En tant que père, j’ai fait de mon mieux pour soutenir Mégane pendant les longs mois qui ont suivi son agression. Aujourd’hui, j’ai le douloureux sentiment d’avoir été mis à l’écart”, a-t-il écrit mercredi sur son compte Facebook.
Figaro



