Politique

Le document rédigé par Paris pour arrêter la guerre au Liban exige ce revirement historique contre Israël

Face à l’intensification des frappes israéliennes qui ont déjà fait plus de 800 morts et provoqué le déplacement de centaines de milliers de civils, une nouvelle initiative diplomatique se dessine. Le président français Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de jouer le rôle de médiateur entre le Liban et Israël, sur la base d’une proposition qui impliquerait un changement radical de posture de la part de Beyrouth.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Emmanuel Macron s’est entretenu avec le président libanais Michel Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri. A l’issue de ces échanges, le chef de l’Etat français a affirmé que le gouvernement libanais était désormais disposé à engager des discussions directes avec Israël. Paris a officiellement proposé d’accueillir ces négociations afin d’éviter que le pays ne sombre dans le chaos.

Si le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a dans un premier temps nuancé l’existence d’un plan formel, des sources proches du dossier ont confirmé à Al Jazeera qu’un projet est bel et bien en cours d’élaboration, la diplomatie française espérant y impliquer les Etats-Unis. Des fuites relayées par le média Axios précisent les contours de cette proposition : le document exigerait que le gouvernement libanais reconnaisse officiellement l’État d’Israël en échange de la fin des hostilités.

Sur le plan stratégique et militaire, l’accord prévoirait le déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani, couplé à un retrait des troupes israéliennes des territoires conquis depuis le début de la guerre actuelle. Des sources israéliennes indiquent que ces pourparlers pourraient s’ouvrir dans les prochains jours, à Paris ou à Chypre.

Cette ouverture vers des négociations directes constitue une concession majeure au Liban, où les relations avec Israël restent une profonde ligne de fracture. Cela intervient dans un contexte de durcissement de l’État libanais face au Hezbollah. Le 2 mars, le Premier ministre a formellement interdit les activités militaires du mouvement chiite, limitant son rôle à la seule sphère publique. Nabih Berri, personnalité politique représentant la communauté chiite et allié historique du Hezbollah, a salué l’idée de discussions, mais exige d’abord un arrêt total des attaques israéliennes et le retour des déplacés.

De son côté, une source au sein du Hezbollah a déclaré à Al Jazeera que le groupe n’avait, pour l’instant, reçu aucune offre de négociation. Sur le terrain, l’armée israélienne maintient sa supériorité aérienne et poursuit ses bombardements intensifs, visant notamment Beyrouth et la vallée de la Bekaa. Ces opérations ont contraint plus de 830 000 personnes, soit environ 14 % de la population, à fuir leur foyer. Les dirigeants israéliens, dont le ministre des Finances Bezalel Smotrich, ont récemment déclaré que la banlieue sud de Beyrouth subirait le même sort que Khan Yunis, une ville de la bande de Gaza rasée par les bombardements.

Pour rappel, le Hezbollah et Israël étaient convenus d’un cessez-le-feu parrainé par les États-Unis en novembre 2024, après une guerre ouverte marquée par l’assassinat du chef du mouvement, Hassan Nasrallah. Cet accord prévoyait déjà le retrait des forces au sud du Litani, mais n’a jamais mis un terme définitif aux affrontements. Israël a maintenu ses positions et a poursuivi ses frappes quasi quotidiennes, tandis que le Hezbollah a refusé de déposer les armes jusqu’à ce qu’un retrait israélien complet du territoire libanais soit effectif.

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