Société, Culture

Anna Ly Ngaye ou l’expression d’une poésie libre et moderne

Selon le Centre National des ressources textuelles et lexicales, la poésie trouve cette définition : Genre littéraire associé à la versification et soumis à des règles prosodiques particulières, variables selon les cultures et les époques, mais tendant toujours à mettre en valeur le rythme, l’harmonie et les images.

Cependant, la poésie demeure un genre complexe à définir car celle-ci est protéiforme, qu’elle soit écrite en vers ou en prose. Si certaines caractéristiques semblent propres à elle, cela ne suffit pas à expliquer l’intégralité de la poésie et de sa poétique.

De manière historique, on peut dire que la poésie, dont le nom vient du grec poiêsismot dérive du verbe “poien” qui signifie “faire/fabriquer, créer”, est un processus de création dans lequel le poète est le créateur de ce qui se construit. La poésie relève aussi souvent d’une recherche de création langagière particulière. Cela passe notamment par la création d’images dans l’imaginaire du lecteur et possède son propre rythme musical selon la forme choisie par le poète.

Ainsi, si la poésie était une route, l’écriture d’Anna Ly Ngaye serait semée de graviers et de sable doux, de collines et de nouveaux horizons déployés. Sa poésie se situe à l’embouchure d’un carrefour esthétique moderne et chargé de liberté comme un rempart. Car la poésie n’enferme pas les mots mais elle peut soulager les maux.

Ici, la poésie s’écrit en toute émancipation, sans contraintes stylistiques, sans mise en demeure, sous des latitudes mouvantes. C’est un long fleuve de sons et de mots qui marchent pour absoudre les douleurs, celles qui tétanisent les voix :

Je partirai

Sans mes souvenirs bénis

Partir seule au gré du vent

Vers un avenir incertain

Me faire un autre destin

La poésie est aussi compagne de fortune et elle s’écrit en foulant les chemins de l’exil, fuyant les orages mais choyant les images, ponctuées de refrains lancinants :

J’ai poussé des ailes,

Danse des airs,

Reboisé des déserts,

De roses, des plus belles

La poésie d’Anna Ly Ngaye appartient au symbolisme qui s’incarne dans un élan émotionnel et dans la mesure des mots. C’est une effervescence poétique toute en rimes qui chemine sur les pages, en grande connivence avec l’essentiel, par une pulsion stylistique débridée et tonitruante. Institutrice de formation et musicienne, Anna Ly Ngaye produit un langage insolite dans un rythme composé comme une partition symphonique. Et la musicalité résonne dans les mots qui suivent une prosodie rythmée :

Tu es le passé auquel je m’identifie

Le présent dont le souffle me vivifie

Le futur, où, sans toi je n’irai

Les temps, auxquels je me conjuguerai

Ici, c’est l’adversité qui fait renaître la poétesse et qui fait mot de l’avenir. Elle laisse désormais bruisser les mots comme une eau pure et salvatrice.

Quand irons-nous encenser nos rêves

Embaumer l’espoir, puiser sa sève ?

Quand irons-nous pousser dans les champs

Danser au gré du vent, ténoriser le temps ?

Quand irons-nous déplisser la pétulante mer

Nous corrompre dans ses entrailles outremer ?

Quand irons-nous étioler la haine

Nous relevons le poids de nos chaînes ?

Quand irons-nous féconder la paix

En faire un sacerdoce pour l’humanité ?

Ainsi, la poésie d’Anna Ly Ngaye est orchestrée tel un arrangement harmonieux, composant un univers artistique tout en mouvement. Son langage poétique s’incarne librement dans une grammaire versifiée et prosodique, inspirée d’un souffle qui nous traverse amplement et nous fait frissonner longtemps.

Amadou Elimane Kane, écrivain poète.

Entre dièses et bémolséditions Mame Touty, Dakar, 2020

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