2017 est l’année du pétrole et du gaz au Sénégal

L’image en illustration de ce texte mérite qu’on s’y attarde. Les haut-parleurs d’en haut sont ceux des années d’avant l’arrivée au pouvoir et les deux autres, d’en bas, ceux des années d’après la prise du pouvoir. Au parleur, bien installé dans le tas, la démocratie octroie les deux situés à sa droite tout en lui refusant – opposition oblige et n’en déplaise au Procureur des flagrants délits – les deux autres, hors de portée, se trouvant à gauche du commis devant lequel – privilège lié au rang – sont plantés d’autres micros.
Et ça bavarde longuement en dépit des appels incessants des consciences et des mémoires pour le respect des engagements pris les années d’avant. Après l’incessante controverse sur la « dette cachée » que l’on rembourse quand même, c’est autour des contrats sur les industries extractives que porte le bavardage en position assise sur les dossiers « mal négociés ». Ceux concernant le pétrole et le gaz taraudent l’esprit du profane paumé et dissuadé, depuis peu, d’en attendre très peu ou rien. Pourtant, au pays du premier ministre porteur de mauvaises nouvelles tout était fin prêt quand arrive l’heure de la passation de services entre fils d’un même destin. Heureusement, aucune nouvelle plaisanterie ne résiste à la mémoire.
2017, l’année d’avant
C’est l’année – mai 2017 exactement – où Ousmane Sonko publie son pamphlet – fossilisé depuis – qui s’intitule « Pétrole et gaz : Chronique d’une spoliation » (Fauves éditions) C’est à la page 236 que le grand auteur y claironne son intention de tout placer sous contrôle sitôt arrivé au pouvoir : « Dès son arrivée au pouvoir en fin 2005, Evo Morales entrepreneur, avec la collaboration vénézuélienne, algérienne et norvégienne, un vaste et profond mouvement de nationalisation des ressources naturelles, singulièrement minières et pétrolières entre les mains des majors occidentales (Total, BP, Repsol, Exxon…) ».
Nous osons croire que le livre de l’opposant ne laissa pas indifférente – l’année même de sa parution – la présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE) Madame Aminata Tall, l’une des rares personnalités politiques de son pays à toujours vouloir tirer le meilleur parti de l’expertise nationale dont elle encourage et soutient les initiatives pour raison de service à rendre à l’État et à la Nation.
« Invité, dès mai 2017, à mener « une réflexion anticipative sur les modalités d’une gestion durable de nos ressources naturelles, en particulier le gaz et le pétrole », le CESE adressa au président de la République l’Avis n° 2017-06 qu’il adopta lors de la séance du 20 2017. Nous invitons nos concitoyens à lire novembre et à commenter, au besoin, les rapports et avis du CESE ou ce qu’il en reste, depuis sa décapitation suivie de sa dissolution, pour se faire une idée exacte de l’apport précieux de l’ancien organe consultatif.
Les « échanges larges et ouverts avec les populations et les acteurs professionnels sur toutes les problématiques liées à la découverte du pétrole et du gaz dans notre pays », la rigueur dans le travail de documentation de la Commission Ad Hoc du CESE chargée de la préparation du projet d’avis et l’Avis lui-même font écho à la stratégie du Sénégal basée sur une approche prudente. En même temps, ledit avis a surtout l’avantage de montrer à celles et ceux qui prennent le temps de s’en imprégner qu’une approche simpliste ou rentière d’un dossier complexe comme celui des gisements de pétrole et de gaz préfigure la « malédiction du pétrole ». Au lieu de cela, le CESE propose « un dispositif rigoureux de transparence et de bonne gouvernance » qui, au plan international, s’inspire des orientations de « la gouvernance du secteur des hydrocarbures » et de « l’utilisation des revenus tirés du pétrole et du gaz » par des pays producteurs reconnus pour leur réussite dans ce domaine. Au plan national, le dispositif tient compte de l’environnement des hydrocarbures en jetant un coup de projecteur sur la législation en vigueur, l’organisation du secteur, les contrats signés par l’État du Sénégal, les risques environnementaux et la formation aux métiers du pétrole et du gaz.
En s’appuyant sur les simulations du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, le dispositif du Conseil insiste enfin sur les opportunités de financement des politiques publiques en cas d’utilisation efficace des Ressources financières générées par le pétrole et le gaz (RPG). Pour la période 2022-2035, les simulations présentées donnent des indications importantes sur la croissance économique qui dépasse le taux de 7,5 % prévu par le Plan Sénégal émergent (PSE).
Sur la même période, la pression fiscale moyenne passerait de 23,4 % à 28,6 % et 211 000 emplois seraient créés chaque année.
Le tour de la question a permis au Conseil de faire des recommandations idoines sur :
– l’élaboration d’une loi d’orientation du secteur des hydrocarbures ;
– l’utilisation et la répartition des RPG ;
– l’appropriation populaire de la gestion par le truchement d’un système d’information accessible à tous ;
– la bonne gouvernance du secteur ;
– la garantie de retombées significatives pour les populations ;
– la formation aux grands métiers du pétrole et du gaz ;
– la sauvegarde de l’environnement au niveau et autour des sites d’exploitation ;
– la sûreté et la sécurité à tous les niveaux (sites d’exploitation, transport, stockage, etc.)
Indépassable depuis !
Les années d’après
Sept ans avant le changement de régime, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, garantissant au régime actuel l’héritage auquel sont associés des noms comme Sangomar, Yakaar-Téranga, GTA, Bir Allah en Mauritanie, etc.
Dès août 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko procède à l’installation de la commission spéciale – regroupant des experts dans les domaines du pétrole et des mines, des avocats et des hauts cadres de l’administration – chargé de l’examen et de la renégociation des contrats dans les secteurs stratégiques du Sénégal. L’inspecteur des Impôts et des Domaines à la retraite El Hadj Ibrahima Diop est nommé pour en assurer le fonctionnement. Mais, avertit Ousmane Sonko le jour même de l’installation de ladite commission, « il ne s’agit pas de tout raser et de tout recommencer à zéro, ni de nationaliser en bloc, comme certains pourraient le croire ».
Dans sa tribune pédagogique, l’éditorialiste de SenePlus René Lake répond clairement à la question qu’il se pose et qui lui sert de titre : « La stratégie d’Evo Morales peut-elle inspirer le Sénégal dans la renégociation des contrats pétroliers ? » « L’article est publié dans un contexte où le Premier ministre Ousmane Sonko, a annoncé l’ouverture de discussions avec les partenaires du pays afin d’examiner et, si nécessaire – c’est nous qui soulignons -, renégocier certains contrats liés à l’exploitation du gaz et du pétrole », avertit René. La prudence dont il fait preuve renvoie au livre de mai 2017 de Sonko et aux résultats de la commission d’août 2024.
La nécessité fait naturellement débat et nous ramène à l’image, dépassée dès 2017, en illustration de ce texte. C’est que les recommandations importantes, consignées dans l’Avis n° 2017-06 du CESE, constituaient, avant l’heure, un encouragement au dialogue auquel participent, le 12 juin 2018, les professionnels du secteur des hydrocarbures, les élus, les partenaires sociaux, les organisations de la société civile, des responsables politiques, un grand nombre de personnalités indépendantes et de citoyens tous mus par l’intérêt général. C’était le prix à payer pour une approche sur ne peut plus prudente du maniement des deux accélérateurs nouveaux (le pétrole et le gaz) de notre développement économique et social. L’accélération ne saurait donc être une affaire de rentiers d’un autre âge. Elle est une rationalité socio-économique qui fait écho à notre loi fondamentale. Depuis le référendum du 20 mars 2016, victoire par le Oui à 15 points de réformes constitutionnelles, nous avons tous l’obligation – le président Bassirou DD Faye et son premier ministre Ousmane Sonko les premiers ministres – de nous conformer à la Constitution qui, en son article 25-1, dispose que « l’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence et de façon à générer une croissance économique, à favoriser le bien-être de la population en général et à être écologiquement durables ».



