Politique

Commissaire Marème Diao, Directrice de la Police des Etrangers et des Titres de Voyage : Une femme de conviction

Son bureau est spacieux et bien rangé. Chaque objet est à sa place. Les fichiers sont soigneusement stockés. Les stylos sont bien rangés. On a l’impression que l’espace lui-même obéit à une discipline intérieure. Cette décoration n’est pas anodine. Il ressemble à la personne qui l’occupe : Marème Diao, commissaire divisionnaire de police, directrice de la police des étrangers et des titres de voyage (Dpetv), communément appelée « Bureau des passeports ». Elle dirige cette entité depuis août 2024.

Ce service est chargé de délivrer les passeports nationaux et les sauf-conduits, d’appliquer la législation fixant les conditions de séjour et d’établissement des étrangers, de délivrer les cartes d’identité des étrangers, les cartes de déplacement et les documents dispensant du paiement de la caution de rapatriement, ainsi que d’exécuter les arrêtés d’expulsion.

Retrouvée dans ses locaux situés à Dieuppeul, la commissaire dégage une grande sérénité. Son regard est attentif, sa posture droite. Quand elle parle, les mots viennent avec mesure. La voix est calme et tranquille, sans hâte. Chaque phrase est claire, cohérente, comme dans un rapport d’enquête, où la précision est de mise. Née à Pikine Guinaw Rail (Dakar), Marème Diao est la fille aînée d’un père profondément attaché aux valeurs islamiques. Elle a ainsi grandi dans un environnement où la rigueur et l’éducation étaient à l’honneur. Elle effectue ses premières années d’études françaises à l’école 8 de Pikine puis à l’école « Baraak », avant de poursuivre son cycle intermédiaire au cursus privé « Gaïndé Fatma », où elle obtient son Brevet de fin d’études supérieures (Bfem). Elle intègre ensuite le lycée Blaise Diagne, où elle obtient en 1997 le baccalauréat A3 avec mention.

Son ambition est alors de poursuivre ses études supérieures à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Mais, souligne-t-elle, « comme mon père ne voulait pas que je m’éloigne trop de lui, j’ai changé de cursus pour m’inscrire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar “. À l’époque, son rêve était clair : devenir avocat. ” Enfant, quand nous jouions, j’étais toujours l’avocat “, se souvient-elle. Fascinée par les grandes figures du barreau, notamment feu l’avocat Mame Bassine Niang, elle a nourri très tôt une passion pour le droit. Elle s’est inscrite à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques. Le grand nombre d’étudiants en amphithéâtre et les conditions difficiles de la faculté ne l’ont pas découragée. Très vite, elle s’est intégrée, a pris ses marques et s’est mise au travail. Elle a connu un parcours sans faute de la première à la quatrième année. Abnégation et sérieux dans des études, sanctionnées par une maîtrise de droit, option relations internationales. Mais, au fil des années, une autre influence va peu à peu guider son destin : son oncle, policier, quand elle était petite, elle le voyait rentrer à la maison, vêtu de son uniforme.

L’image le marque. “ J’ai toujours couru vers lui quand il venait “, dit-elle. Cette admiration silencieuse s’est ajoutée à sa formation juridique et l’a finalement conduite vers le métier de la sécurité. Lorsqu’elle apprend que la police recrute, elle décide de tenter le concours, presque comme un défi personnel. ” On nous a dit que la police nationale n’avait emmené que deux femmes. Je me suis dit : je vais essayer de tester mes capacités », se souvient-elle. Le pari est risqué, mais elle le réussit avec brio. Avec le recul, elle y voit presque un signe du destin. ” Je pensais que je le faisais pour m’entraîner. Mais je pense que Dieu en avait déjà décidé autrement. Je suis une femme de conviction et de passion “.

Impacter positivement

Après trois années de formation à l’Académie nationale de police, elle en sort en 2005 comme commissaire. Son parcours au sein de cette institution s’apparente à un long parcours à travers les différentes facettes du métier. ” J’ai voyagé partout », confie-t-elle en souriant. A sa sortie, elle démarre au commissariat des Parcelles Assainies. Pendant un an et demi, elle y perfectionne ses premières armes, apprend sur le tas et se confronte aux réalités quotidiennes du maintien de la sécurité publique.

Très vite, la curiosité professionnelle la pousse à explorer d’autres horizons. Elle a quitté la sécurité publique pour rejoindre le renseignement, une expérience qui a eu un profond impact sur sa carrière. ” Ces informations m’ont beaucoup appris. J’ai été en contact avec des commissaires qui ont consacré toute leur vie à ce domaine “, avoue-t-elle. Quelques années plus tard, elle revient à la sécurité publique. Elle inaugure le commissariat de Golf Sud (Guédiawaye), qu’elle a dirigé pendant plus de deux ans, avant d’être affectée au commissariat de Médina, puis au Premier arrondissement de Thiès, avant de revenir à Dakar.

Aujourd’hui à la tête de la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage, elle s’est fixée une mission claire : rapprocher la police des citoyens. Chaque matin, en arrivant au bureau, elle se rappelle cet objectif. ” Il faut avoir un impact positif sur la perception que les usagers ont de la police “, a-t-elle déclaré. Pour elle, l’image du policier ne doit pas être associée à l’arrogance ou à la distance. Au contraire, le policier doit rester à l’écoute du citoyen, prêt à le servir. Cette philosophie guide sa gestion. Elle veille à ce que ses collaborateurs partagent cet état d’esprit : professionnalisme, respect et sens du service public. Derrière l’uniforme, il y a aussi une femme, une épouse et une mère. Concilier vie professionnelle et vie familiale n’est pas toujours facile dans un métier aussi exigeant.

La police est un sacerdoce : elle sert partout et à tout moment », se souvient-elle. Mais elle peut compter sur le soutien de son mari, qu’elle décrit comme un pilier essentiel. ” Nous avons le devoir d’être là, de répondre à l’appel des citoyens, de répondre aux demandes des citoyens et d’essayer de les soulager. Et cela n’est possible que lorsque votre conjoint vous comprend et vous soutient. J’ai eu cette chance. Je vis avec mon mari qui me comprend beaucoup, qui comprend mes contraintes, mon travail et les enjeux », se réjouit-elle.

Toujours animée par une grande soif d’apprendre, elle poursuit également ses études et prépare actuellement un DEA. Passionnée de lecture, elle cultive un esprit curieux pour rester constamment en phase avec le monde en évolution. ” Il faut toujours apprendre, toujours se remettre en question pour que le train ne vous abandonne pas au quai », a-t-elle déclaré.

Dans un monde longtemps dominé par les hommes, Marème Diao est également consciente du rôle que jouent les femmes dans la transformation de l’institution. Il rend hommage aux pionniers qui ont ouvert la voie. ” Ils ont ouvert la voie pour que les femmes aient leur place dans la police. Aujourd’hui, la nouvelle génération doit poursuivre ce combat, avec solidarité et détermination. », informe-t-elle. Être une femme, dit-elle, n’est pas un obstacle. Au sein de la police, hommes et femmes poursuivent les mêmes objectifs et accomplissent les mêmes missions. Elle milite également pour une plus grande présence féminine dans les opérations internationales, notamment au sein des missions de maintien de la paix des Nations Unies (ONU). ” Le directeur de la Police Nationale est vraiment très volontaire et très conciliant envers toutes les femmes de la police. Il souhaite vivement que les femmes puissent s’épanouir au sein des forces de police. », magnifie-t-elle.

leSoleil.sn

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