Se souvenir ensemble, Qu’est-ce que la mémoire collaborative ?

La mémoire collaborative peut être définie comme le fait de se souvenir en groupe (Rajaram & Pereira-Pasarin, 2010). Souvent, la mémoire est étudiée comme un processus individuel qui se déroule uniquement dans l’esprit d’une personne. Pourtant, la plupart du temps, il s’agit d’un processus social.
Imaginez que vous êtes en train de discuter avec votre famille et que quelqu’un mentionne un événement qui s’est passé un an auparavant. Par exemple :
Personne 1 : Vous vous souvenez de notre voyage dans la ville d’à côté ?
Personne 2 : Oui, on avait dû se réveiller à 5 heures du matin.
Personne 3 : Et on avait passé 3 heures à décider quoi porter à l’événement.
Personne 2 : C’était plutôt 1 h 30.
Personne 1 : Comment s’appelait la chanson que la radio mettait en boucle ?
Personne 3 : La chanson s’appelait « Disco ». Avez-vous remarqué les détails de cet échange ? Lorsqu’une personne fait une erreur de mémoire, une autre la corrige.
Lorsqu’une personne n’arrive plus à se rappeler certains détails, une autre peut combler les lacunes.
À la fin de cette interaction, toutes les personnes présentent une version du souvenir plus similaire, avec des détails auxquels elles n’auraient pas eu accès si elles avaient été seules (Greeley et al., 2024; Hirst et Echterhoff, 2011).
Cependant, se souvenir à plusieurs, peut aussi orienter le souvenir vers la version la plus partagée du groupe.
Lorsqu’on se rappelle de quelque chose en groupe, ce dont on va se souvenir sera guidé par ce dont les personnes avec nous se rappelleront (Greeley & Rajaram, 2023). Par contraste, dans le monde de la recherche on appelle groupe nominal un « groupe » qui n’interagit pas.
Chaque personne se rappelle seule, puis on additionne les souvenirs individuels pour obtenir une liste comparable à celle du groupe collaboratif.
Dans la recherche sur ce sujet, il a été démontré à plusieurs reprises que lorsque nous comparons un groupe collaboratif, c’est-à-dire un groupe de personnes qui travaillent ensemble pour se rappeler de quelque chose, à un groupe nominal, le groupe nominal se souvient de plus d’éléments au total lorsqu’ils sont ajoutés.
Ce phénomène est appelé inhibition collaborative (Meade & Roediger, 2009 ; Henkel & Rajaram, 2011). Cela s’explique en partie par le fait que les stratégies de rappel des individus, par exemple s’ils avaient étudié une liste de choses en les regroupant sémantiquement ou par leur valence (positive, neutre ou négative), sont perturbées par la conversation. Il est important de dire que malgré le fait que le groupe collaboratif se souvienne de moins d’éléments au total, ce groupe a une meilleure précision de la mémoire en général.
Et bien que le groupe nominal se souvienne de plus d’éléments, leur précision peut être moindre car personne ne les corrige (Rajaram & Pereira-Pasarin, 2010).
Autrement dit, collaborer peut réduire la quantité d’informations rappelées, mais augmenter l’exactitude grâce aux corrections mutuelles.
Marie Coura DIAGNE
Doctorat en neurosciences cognitives
Candidat au BOSTON COLLEGE
[email protected]
RÉFÉRENCES
Greeley, GD, chan, V., choi, H. et rajaram, S. (2023). rappel collaboratif et construction de la mémoire collective Organisation : l’impact de la structure du groupe. Sujets en sciences cognitives, 16(2), 282-301.
Greeley, GD et Rajaram, S. (2023). mémoire collective : le rappel collaboratif synchronise ce dont les gens se souviennent et comment. Wiley interdisciplinaire examine les sciences cognitives, 14(4), e1641.
Henkel, LA et Rajaram, S. (2011). mémoire collaborative chez les personnes âgées : résultats invariants selon l’âge dans le contexte de déficits de mémoire épisodiques. Psychologie et vieillissement, 26(3), 532-545.
Hirst, W. et Echterhoff, G. (2011). se souvenir dans les conversations : le partage social et la refonte des souvenirs. revue annuelle de Psychology, 63(1), 55-79.
Meade, ML et Roediger, HL (2009). différences d’âge dans la mémoire collaborative : le rôle des manipulations de récupération. Mémoire et cognition, 37(7), 962-975.
Rajaram, S. et Pereira-Pasarin, LP (2010). Mémoire collaborative : recherche et théorie cognitive. Perspectives sur la science psychologique, 5(6), 649-663.



