Société, Culture

Une injustice de trop : de 1965 à aujourd’hui, le Sénégal victime d’un deux poids, deux mesures de la CAF

Le football africain, censé être un espace d’équité, de mérite et de respect des règles, vient une nouvelle fois d’être entaché par une décision profondément contestable de la Confédération africaine de football. En désignant le Sénégal forfait et en attributant la victoire – voire le sacre – au Maroc, l’instance dirigeante du football africain ravive un sentiment d’injustice déjà ancien dans l’histoire du football sénégalais. Car ce n’est malheureusement pas une première.

Il faut remonter à la Coupe d’Afrique des nations 1965 pour retrouver une décision tout aussi controversée. À l’époque, le Sénégal, pourtant performant sur le terrain, avait été éliminé au profit de la Tunisie sur la base de la différence de buts. Grands seigneurs comme toujours, nous avons supporté cette injustice notoire que nous n’avons pas encore digéré. La diplomatie était passée par là. Le président Senghor a demandé aux dirigeants et joueurs de laisser tomber pour préserver l’amitié qui lie les deux pays. Le Sénégal n’a pas participé aux éliminatoires, mais a été invité compte tenu de sa bonne place dans le football africain. Cette époque est révolue.

Plus grave encore, cette élimination avait permis à la Tunisie d’accéder à la finale, privant le Sénégal d’une opportunité historique. Déjà, beaucoup dénonçaient une interprétation discutable des règlements et un manque d’équité dans la gestion de la compétition. Nous avions battu l’Éthiopie par 5 buts à 1, là où la Tunisie pays organisateur l’a battu par 4 buts à 0. Comme disait le journaliste Alassane Ndiaye Allou, «les Tunisiens avec la complicité de la CAF ont fait appel aux subtilités de l’algèbre pour se qualifier en finale à nos dépendances». Cette blessure historique n’est jamais référée

Plus de soixante ans plus tard, l’histoire semble se répéter avec un scénario injuste que nous connaissons tous. La décision récente de la CAF de déclarer le forfait Sénégal, sans que toutes les voies de recours et d’analyse contradictoire n’aient été pleinement explorées, soulève de nombreuses interrogations.

Comment une nation de football, respectée pour son fair-play et ses performances, peut-elle être ainsi sanctionnée de manière aussi brutale et frauduleuse ?

Au‐delà du cas sénégalais, c’est la crédibilité même de la CAF qui est en jeu. Une institution qui prend des décisions perçues comme injustes fragilise non seulement la confiance des nations membres, mais aussi celle du monde entier. Cette affaire défraie la chronique depuis hier et fait les choux gras de la presse et est l’objet de débats sur tous les plateaux de télés crédibles au niveau mondial, comme la chaîne française L’Equipe et son journal qui ont manifesté leur étonnement et leur déception.

Le football africain mérite mieux. Il mérite des règles claires, appliquées avec rigueur et transparence. Il mérite une justice sportive indépendante, capable de résister aux pressions et aux intérêts divergents.

Face à cette situation, le Sénégal ne doit pas rester silencieux. Des recours juridiques, notamment devant les instances compétentes comme le Tribunal Arbitral du Sport, peuvent, doivent et seront envisagés comme annoncés dans le communiqué de la fédération de football. Il en va non seulement de la défense de ses droits, mais aussi de la préservation de l’intégrité du football africain.

Car au fond, ce combat dépasse le Sénégal. Il concerne toutes les nations africaines qui aspirent à une compétition juste, où seul le mérite sur le terrain fait foi.

De 1965 à aujourd’hui, une demeure constante : le sentiment d’injustice. Nous en avons assez d’avoir bon dos pour recevoir des coups sans réaction. Mais cette fois, l’Afrique du football a l’opportunité de rompre avec ces pratiques du passé.

La CAF doit entendre les voix qui s’élèvent. Elle doit faire preuve de responsabilité et, si nécessaire, revenir sur une décision qui attache l’esprit du sport. Ceux qui veulent l’implication de l’État doivent savoir qu’il ne peut intervenir à ce niveau, car les textes interdisent l’ingérence des Gouvernements dans les affaires du football. C’est une compétition sportive et elle ne vaut que par sa justice. Nous allons faire valoir nos droits avec fermeté et dignité. Et sans justice, il n’y a ni victoire, ni honneur. Au‐delà du droit, il y a un combat à mener : celui de la réforme de la gouvernance du football africain. Pour cela, nous devons chercher des alliés. La CAF n’a pas choisi la transparence, l’équité et le respect strict des règles. Le football africain qui est à la croisée des chemins, mérite mieux que ces dirigeants sortis de nulle part et qui n’ont rien prouvé. Nous pleurons les grands hommes comme Kéba Mbaye, Lamine Diack, Youssoupha Ndiaye magistrat, Malick Sy Souris, Daouda Faye, Garang Coulibaly, Mawade Wade, Pape Salla Ngom, Abdoulaye Fofana, Youssou Ndiaye arbitre, maître Babacar Sèye et autres qui font partie de nos illustres personnalités qui ont écrit les plus belles pages de l’histoire du sport en général et du football sénégalais en particulier. Nous sommes en «guerre», comme disait Macron lors de l’épidémie de Covid et nous devons «nous battre comme des hommes» pour reprendre Sadio Mané qui galvanisait ses partenaires lors de cette finale héroïque.

Cette sanction imaginaire de la CAF est lourde de conséquences. C’est une farce au goût américain, pitoyable, ridicule, honteuse, décevante. Nous sommes dans le collimateur des mercenaires du football depuis que nous avons gagné toutes les compétitions africaines. C’est ce qui explique le combat mené contre le Sénégal et maître Augustin Senghor qui a été trahi et qui est resté digne dans l’épreuve. Le Sénégal est victime de son indépendance et de sa voix de plus en plus affirmée sur la scène africaine. De Gaulle avait dit aux porteurs de pancartes : « si vous voulez l’indépendance, prenezla ». Moi je dis : si vous voulez la coupe, jouez et gagnez honnêtement «. Qu’on le veille ou non, les dieux du football étaient avec le Sénégal lors de la finale inoubliable de la CAN 2025.

Samba Mangane journaliste

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