Société, Culture

Le Maroc veut filer sa théière de 1976 au Sénégal

Après la victoire méritée sur le terrain, le dimanche 18 janvier 2026 à Rabat, de l’équipe nationale de football du Sénégal à la 35e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), je me mets à compter les amis de mon pays à travers le monde. Le fastidieux exercice dont j’ai gardé les ressources glanées à travers les réseaux sociaux me fit essuyer les yeux larmoyants du supporter qui ne s’intéresse au football que lorsque le Sénégal joue. Dans les tas de commentaires venus des quatre coins du monde, le post d’un jeune habitant du globe dont je ne me souviens même plus du continent, du pays, de la couleur de la peau et de la tenue me fit rigoler plusieurs jours durant. Ce grand ami du Sénégal, disparu depuis dans les réseaux, ne se contenta pas d’embrasser mon peuple par ses beaux mots. La raillerie par laquelle il clôtura la très belle séquence concerne le trophée remporté par le Maroc en 1976 lors du match de clôture qui opposa, à Addis-Abeba, l’équipe royale à celle de la République de Guinée. Les mots pour finir son live se passent de commentaires : « Regardez la gueule de cette coupe ! » Trouver une gueule à un trophée – image à l’appui – fait rire plus d’un. La capture d’écran, ajoutée à une deuxième, donne l’image en illustration de mon récit. Il n’y a pas de photo ! Suffisant pour faire monter sur leurs chevaux les voleurs de serviettes aux gardiens adverses pendant la CAN qui comptabilisa autant de juges que de parties pour les matchs livrés par la sélection marocaine.

Victoire sur tapis vert

Qu’est-ce que c’est qu’une victoire sur tapis vert ? Parle-t-on du gazon bien vert même artificiel ? Mais non : cela consiste à « remporter une victoire sportive par décision administrative ou juridique, et non sur le terrain ». Il s’agit en tout et pour tout d’« un résultat imposé par les instances dirigeantes, souvent qualifiées de victoire de bureau ou de victoire administrative ». Le forfait n’est alors pas du côté où on le situe si je comprends bien. La victoire administrative obtenue par le Maroc contre le Sénégal ce mois de mars 2026 – après un demi-siècle – jour pour jour moins 72 heures – est presque la même que celle remportée par le royaume à Addis le 4 mars 1976. À cette date, le format de la Coupe d’Afrique des Nations était celui d’un mini-championnat final. Invaincus, les Lions de l’Atlas ont remporté le championnat le 14 mars 1976 à Addis-Abeba en faisant match nul (1-1) contre la Guinée. Le but décisif marocain avait été marqué par Baba en fin de match. Sur tapis vert ou presque quand on sait tout ce qui rentre administrativement en ligne de compte au terme d’un championnat couronné par un match nul. En mars 2026, les sept préposés au vente boulot bureaucratique de la Confédération africaine de football (CAF) seraient les suivants :

«Commission d’appel»

Nom du membre Pays Position

Juge Roli Daibo Harriman Président Nigéria

Faustino Varela Cap-Vert Vice-Président

Monteiro

Moez Ben Tahar Nasri Tunisie Membre

Moïse lkanqa Namibie Membre

Hamoud T’feil Bowbe Mauritanie Membre

Mohamed Robleh Djama Djibouti Membre

Asogbavi Komlan Togo Membre »

Il n’en est rien aux dernières nouvelles :

« Sur les 9 membres du jury, 4 n’ont pas siégé, et parmi les 5 présents, 1 n’avait pas le droit de siéger en raison de son statut de président de fédération.

Ainsi, seulement 4 membres étaient légalement habilités à siéger, ce qui ne respecte pas l’exigence d’une composition impair du jury.

De plus, le quorum nécessaire pour délibérer n’a pas été atteint.

Ces irrégularités compromettent la légitimité de la décision du jury d’appel. »

Jurisprudence

Mais au pays où un peu plus de 18 millions d’âmes – hommes et femmes, jeunes et moins jeunes – ne marquent jamais de bons arguments dans aucun domaine, une jurisprudence du Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne en Suisse offre une parade sportive très sérieuse. La voix sur le terrain s’il vous plaît :

« Selon la jurisprudence du Tribunal Arbitral du Sport (TAS), si un match va à son terme, on ne peut pas appliquer une sanction de “retrait” (Art. 82) a posteriori.

Le retrait doit être définitif pour entraîner une victoire sur tapis vert (3-0).

Cas 2014/A/3665 : Al Ittihad c. FIFA, où le TAS a jugé que le retrait temporaire d’une équipe ne justifiait pas l’annulation du match.

Cas 2009/A/1909 : Chelsea FC c. UEFA, où le TAS a confirmé que le match restait valide si la reprise du jeu était régulière.

Cas 2022/A/8471 : FA égyptienne c. CAF, où le TAS a réaffirmé que le retrait temporaire n’entraînait pas automatiquement la perte du match.

Les Codes disciplinaires de la FIFA et de la CAF distinguent clairement le refus définitif de jouer du retrait temporaire. Le retour volontaire de l’équipe sur le terrain exclut toute qualification de forfait ou d’abandon définitif.

La Fédération sénégalaise de football vient de sortir un communiqué disant qu’elle va faire recours à la TAS.

C’est encore perdu pour les Marocains car à la TAS le droit sera dit et la justice sera rendue. »

J’apprends que le 14 mars 1976 à Addis, l’équipe du Maroc avait quitté le terrain après l’ouverture du score par la Guinée et y retourna pour égaliser.

Quant au président de la CAF, le sud-africain Patrice Motsepe, sa réaction sur la détermination du Sénégal à saisir le TAS se surprend personne, je le cite :

« On m’informe que le Sénégal va faire appel, ce qui est très important. Chacune des 54 nations africaines a le droit de faire appel et de défendre ses intérêts, non seulement au plus haut niveau en Afrique, au sein de la CAF, mais aussi auprès de l’instance suprême, la CAF elle-même. Nous respectons scrupuleusement la décision prise au plus haut niveau. »

N’en déplaise aux trois pelés et 4 tondus – peut-être l’inverse – qui constituent les 7 jurés envieux en cage de la CAF. Les Sénégalais – les 18 otages en terre marocaine comprennent – évoquent sportivement aux Marocains de se contenter de leur théière de 1976 et d’oublier la dame coupée svelte plaquée ou arrachée de haute lutte le 18 janvier 2026 à Rabat.

Rendez-vous maintenant à la coupe du monde (gagnable) de juin prochain au Canada, aux États-Unis, chez Trump assagi par la raclée iranienne, et au Mexique chez la très grande dame et très élégante présidente mexicaine Claudia Sheinbaum Pardo en fonction depuis le 1er octobre 2024. Scientifique de renom, titulaire d’un doctorat en génie de l’environnement et première femme à diriger le Mexique, Sheinbaum s’est fait proprement -élire – pas sur tapis vert – le 2 juin 2024 avec 59,76 % des voix sous la bannière de la coalition de gauche Morena.

Au revoir Rabat !

Bonjour Mexique !

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