Société, Culture

Au-delà du pétrole, la guerre en Iran fragilise les migrants du Sud

(SénéPlus) – Dans une analyse publiée le 18 mars 2026 sur la plateforme Yale School of Management Insights, Ahmed Mushfiq Mobarak examine les conséquences de la guerre en Iran pour les pays en développement, en insistant sur des effets souvent sous-estimés, notamment sur les dynamiques migratoires.

D’emblée, l’économiste relativise l’attention portée aux seuls marchés pétroliers. Selon lui, les répercussions les plus profondes du conflit pourraient passer par d’autres canaux, en particulier les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Il met en avant le rôle crucial des engrais, dont la production et l’acheminement pourraient être affectés, avec des conséquences directes sur l’agriculture dans de nombreux pays du Sud.

Cette hausse des coûts et les pénuries d’intrants agricoles risquent de réduire les rendements, d’augmenter les prix alimentaires et d’accentuer l’insécurité alimentaire. Un enchaînement de facteurs qui constituent, historiquement, un puissant moteur de mobilité humaine. Lorsque les moyens de subsistance se dégradent, les populations sont davantage enclines à migrer, que ce soit à l’intérieur des pays ou au-delà des frontières.

Mais au cœur de son analyse, Ahmed Mushfiq Mobarak identifie un autre canal, encore plus structurant : le rôle du Moyen-Orient comme destination majeure des travailleurs migrants. Des millions d’Africains et d’Asiatiques dépendent des emplois dans les pays du Golfe, tandis que les transferts de fonds qu’ils envoient constituent une source essentielle de revenus pour les ménages et un pilier pour les économies nationales.

Dans ce contexte, toute perturbation durable des économies du Golfe liée au conflit — ralentissement de l’activité, instabilité ou blocages — pourrait affecter l’emploi des migrants et réduire les flux de transferts financiers. Une telle évolution aurait des répercussions directes sur les conditions de vie de millions de familles dans les pays d’origine, tout en fragilisant leurs équilibres macroéconomiques.

L’économiste souligne également que les travailleurs migrants figurent parmi les plus exposés en période de crise, notamment dans une région où ils représentent une part importante de la population active. La guerre accroît ainsi leur vulnérabilité, entre risques économiques et insécurité.

Plus largement, Ahmed Mushfiq Mobarak s’est mis en garde contre un effet domino : la combinaison de l’inflation, de la baisse du pouvoir d’achat, des tensions sur les ressources essentielles et de la contraction des transferts pourraient fragiliser davantage les États déjà vulnérables. Dans ce contexte, les migrations ne seraient pas seulement une conséquence, mais aussi un révélateur des déséquilibres économiques amplifiés par le conflit.

Au milieu de son analyse, il insiste sur la nécessité de ne pas sous-estimer ces impacts indirects. Les crises alimentaires liées aux perturbations agricoles pourraient, selon lui, avoir des effets plus durables que les fluctuations des prix de l’énergie.

En définitive, conclut Ahmed Mushfiq Mobarak, la guerre en Iran pourrait exercer une pression croissante sur les pays en développement, notamment en Afrique, en combinant choc alimentaire, fragilisation des revenus liés aux migrations et déstabilisation économique. Une dynamique qui rappelle que, derrière les crises géopolitiques, ce sont souvent les populations les plus vulnérables qui en subissent les conséquences les plus profondes.

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