Société, Culture

le lourd tribut payé par l’Iran en marge du Nouvel An persan

Pour la première fois depuis la guerre contre l’Irak dans les années 1980, l’Iran célèbre Norouz, le Nouvel An persan, dans un contexte de conflit ouvert. Sous les bombardements menés par les États-Unis et Israël, la population tente de maintenir ses traditions malgré un climat marqué par un isolement numérique drastique, des pertes militaires au sommet de l’État et une répression interne meurtrière.

À Téhéran et dans les provinces, les marchés ont vu affluer des habitants venus acheter des fleurs pour préparer l’équinoxe de printemps, symbole du renouveau. Toutefois, la réalité de la guerre a rapidement rattrapé les célébrations. Selon les informations relayées par Al Jazeera, les batteries anti-aériennes ont tiré par intermittence dans la capitale peu après le passage à la nouvelle année. Si le gouvernement assure que les réserves de carburant sont stables, limitant la distribution à 30 litres par jour via des cartes personnelles, le pays vit au rythme des survols d’avions de chasse et de drones.

Cette période traditionnellement festive se déroule dans une obscurité numérique quasi totale. L’observatoire NetBlocks indique que la connectivité internet est tombée à moins de 1 % de son niveau habituel, marquant le 21e jour d’une coupure imposée par l’État à plus de 92 millions d’habitants. Parallèlement, de nombreuses familles ont profité du dernier jeudi de l’année pour se recueillir sur les tombes de leurs proches, ravivant les blessures liées aux manifestations de janvier.

Le bilan humain de ces récents soulèvements fait l’objet d’évaluations très contrastées. Alors que les autorités iraniennes ont commis la mort de 3 117 personnes, systématiquement qualifiées de « terroristes » ou d’émeutiers soutenus par l’étranger, les organisations internationales dressent un tout autre constat. L’agence de défense des droits humains HRANA documente plus de 7 000 décès, la rapporteuse spéciale de l’ONU, Mai Sato, estime que plus de 20 000 civils pourraient avoir perdu la vie, tandis que Donald Trump a publiquement avancé un bilan s’élevant à 32 000 morts.

Sur le plan purement militaire et sécuritaire, l’appareil d’État iranien subit des coups d’État importants. Des frappes de drones israéliens ont visé plusieurs points de contrôle des Gardiens de la révolution (IRGC) et de la milice Bassidj, causant notamment la mort de 13 paramilitaires à Tabriz. Comme le précise Al Jazeera, plusieurs hauts responsables ont également été tués ces derniers jours, dont le chef de la sécurité Ali Larijani, le dirigeant du Bassidj Gholamreza Soleimani, le porte-parole de l’IRGC Ali Mohammad Naini et le ministre du Renseignement Esmail Khatib.

Dans ce climat de haute tension, où les autorités interdisent strictement le partage d’images des sites bombardés sous peine d’exécution, la justice iranienne a poursuivi sa politique pénale implacable. À la veille de Norouz, trois jeunes hommes liés aux manifestations de janvier — dont un membre de l’équipe nationale de lutte âgée de 19 ans — ont été exécutés. La veille, un ressortissant irano-suédois accusé d’espionnage au profit d’Israël avait subi le même genre.

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