Société, Culture

La société sénégalaise est devenue schizophrène !

Ainsi que nous le savons, la schizophrénie est, hélas, une maladie psychiatrique qui se traduit schématiquement par une perception perturbée de la réalité avec des idées délirantes, un sentiment de persécution allant jusqu’à la paranoïa, des idées invraisemblables et des hallucinations.

C’est bien le cas du Sénégal aujourd’hui ! L’Assemblée nationale vient de voter à la quasi-unanimité, moins trois abstentions, une loi criminalisant l’homosexualité en doublant les peines de prison et les amendes. Les commentaires qui ont précédé et suivi ce triste évènement démontrent à l’envi la folie qui s’est emparée de nos législateurs. On mélange tout, hélas, à dessein : pédophilie, pédopornographie, transmission du VIH. Comme si les personnes homosexuelles étaient responsables de ces horreurs mille fois condamnables ! Vraiment, n’y at-il donc personne pour venir dire, sans risque de passer devant un juge, au nom des droits humains les plus élémentaires, au nom de la Constitution du Sénégal qui fait référence à la Déclaration des Droits de l’Homme que tout citoyen sénégalais est digne d’être protégé quelle que soit sa sexualité ! Et s’il ya parmi les personnes homosexuelles des criminels, il faut les poursuivre avec toute la sévérité requise mais exactement comme des personnes hétérosexuelles ayant les mêmes pratiques ! Pas plus, pas moins !

Comment une députée sénégalaise peut-elle oser s’exprimer dans l’enceinte de l’Assemblée nationale – en anglais ( !) ; at-elle oublié son français ou son wolof ? – pour oser dire que l’homosexualité ne fait pas partie des traditions africaines ou sénégalaises ? Pourquoi une autre députée a littéralement crié que « les homosexuels ne respireront pas dans ce pays ! » Comment une femme, et certainement une mère, peut-elle ainsi vociférer de la sorte des propos d’une telle violence ? Aucun continent ni aucun pays n’a de tradition homosexuelle ; occident, orient, nord et sud, tous ont condamné ses pratiques depuis des milliers d’années. Il se trouve cependant qu’avec les années nos cerveaux ont pu progresser dans la réflexion, la compréhension et l’acceptation de la différence. L’Organisation Mondiale de la Santé l’a d’ailleurs a définitivement rayé en 1990 la liste des maladies mentales. Pourquoi le Sénégal a choisit-il, à contre-courant d’une réflexion humaniste, de désigner une partie de sa population à la vindicte populaire, de prendre le risque de lui faire subir d’épouvantables représailles comme sur l’a déjà vu. Quel pays peut-il justifier de tels comportements qui relèvent de la sauvagerie la plus pure ? L’assassinat, il y a quelques jours, d’un joueur de djembé à Tivaouane-Peulh, accusé de délit, en est, hélas, la plus horrible expression. Faut-il répéter inlassablement qu’on ne choisit pas d’être homosexuel comme on peut choisir d’être agriculteur, médecin ou footballeur, qu’il s’agit là du produit de facteurs innés et biologiques contre lesquels on ne peut rien, sinon un peu de compassion et de compréhension, de mansuétude et de charité.

Selon ces qualificatifs, on accepte bien pourtant de marier des jeunes filles de quatorze ans (14 ans !), on admet encore les excisions, on approuve l’exploitation des jeunes talibés à travers la mendicité organisée, on laisse des parents attacher avec des chaînes leurs enfants déficients intellectuels, sans que la justice ne soit saisie d’aucun de ces agissements hautement condamnables.

A quelques jours du vote de cette nouvelle loi, alors que la Confédération africaine de football vient de rendre une décision incompréhensible à l’égard de notre pays, voilà que les médias et réseaux sociaux s’enflamment et n’ont pas de mots assez forts pour stigmatiser cet incroyable verdict : on y parle d’honneur, de respect et d’équité. On y rappelle même l’adage de l’armée sénégalaise : « On ne nous déshonore pas, on nous tue ! » Pourtant, on ne parle là que de sport. Pourquoi aucun journaliste courageux, aucun leader d’opinion, aucun influenceur n’ose utiliser ces mêmes termes pour rappeler simplement qu’on ne peut couvrir d’opprobre les personnes homosexuelles qui vont, en réalité, servir de boucs émissaires d’une société déboussolée ? Il y va pourtant de l’honneur d’une nation de protéger tous ses membres, quels qu’ils soient.

Le journaliste Théophile Kouamouo vient de rappeler sur sa chaîne Décrypter l’Afrique, avec courage et sagesse, que « l’Afrique qui est diverse, qui veut s’unir, ne pourra le faire si, d’un bout à l’autre, elle ne construit pas une société qui respecte de manière radicale le droit à la différence. » On ne peut mieux dire.

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