Société, Culture

Aly Ngouille Ndiaye met en garde contre une expropriation illégale des ICS

L’ancien ministre de l’Énergie et de l’Agriculture était l’invité du “Le Grand Jury” ce 22 mars 2026 sur RFM. Face aux annonces du gouvernement sur les renégociations, il défend le bilan du régime précédent et alerte sur les risques juridiques et économiques d’une rupture avec Indorama.

Invité de l’émission dominicale “Le Grand Jury” ce 22 mars 2026, Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Agriculture sous Macky Sall, a vivement contesté les conclusions de la renégociation des contrats présentés par le Premier ministre Ousmane Sonko, notamment sur le dossier des Industries Chimiques du Sénégal (ICS).

Sur les 1075 milliards de francs CFA de taxes et redevances non payées réclamés aux ICS, l’ancien ministre a été catégorique. “Je doute fort qu’ils puissent montrer que les ICS doivent ça”, a-t-il affirmé, estimant que le Premier ministre a “ignoré les décrets de 2008 pris par le président Wade”.

Selon Ngouille Ndiaye, la configuration actuelle du capital des ICS (avec 15% pour l’État du Sénégal) date de 2008 et non de 2014 comme il l’a lui-même négocié. “En 2008, les ICS étaient pratiquement en faillite. Cette faillite a fait l’objet de toutes les procédures judiciaires. Un concordat existe”, at-il rappelé, précisant que “le président Wade a pris deux décrets pour renouveler” les concessions minières “jusqu’en 2033”.

“Le décret qui régit la concession des ICS va jusqu’en 2033. Comment est-ce que le Sénégal peut le reprendre ?”, s’est-il complété, ajoutant que “dire aujourd’hui que nous reprennons nos actifs, en termes plus crus, ça veut dire que nous envisageons une nationalisation, pas autre chose”.

Un sauvetage in extremis en 2014

L’ancien ministre a également détaillé son rôle dans le sauvetage des ICS en 2014. “À l’époque, les ICS ne parvenaient même pas à payer l’IPM. Je parle même pas de salaire”, at-il raconté, évoquant une dette de 271 milliards de francs CFA qui menaçait d’emporter “de grandes banques” avec l’entreprise.

“48 heures avant le deal qu’on a scellé avec Indorama”, un autre repreneur potentiel exigeait que “l’État du Sénégal fasse de son affaire la dette”, a-t-il révélé. Avec Indorama, “à la signature du contrat, Indorama a mis 100 millions de dollars” et “s’est engagé à remettre encore 125 millions de dollars supplémentaires. Ce qu’ils ont fait”, a-t-il souligné.

Aujourd’hui, “les ICS sont redevenus une bonne entreprise”, avec “un record de production cette année” et des bénéfices, à-il fait valoir.

L’ancien ministre a mis en garde contre les conséquences d’une rupture. “Les ICS c’est 5000 emplois, dont 1500 emplois directs. C’est le plus grand employeur de la région de Thiès. Faites très attention”, at-il averti.

Sur le plan agricole, il a rappelé que “c’est les ICS qui produisent principalement l’engrais du Sénégal”. “Quand j’étais ministre de l’agriculture en 2023, la commande maximale que j’avais faite c’était autour de 75 000 à 80 000 tonnes. C’était les ICS qui avaient produit ça”, at-il précisé.

Renégociations : “Je ne sais pas ce que je retiens”

Une rupture exposerait également le Sénégal à des “conflits” et des “dommages et intérêts” devant les tribunaux arbitraux internationaux, selon l’ancien ministre, qui estime que “le décret que le président Wade avait signé en 2008, on ne peut pas attendre 18 ans après pour le remettre en cause”.

Plus largement, sur l’ensemble des renégociations annoncées par le gouvernement, Aly Ngouille Ndiaye s’est montré critique. “Objectivement, je ne sais pas ce que je retiens”, at-il déclaré, affirmant n’avoir vu “un seul contrat sur lequel ils peuvent dire : ce permis, sur l’a négocié. Voici les termes qui étaient au départ. Voici les termes qu’on a obtenu”.

Sur les 300 permis miniers retirés, il a minimisé la portée : “Peut-être qu’on verra dans ces 300, 100 permis d’exploitation de sable”. “Retirer un permis, c’est des activités quotidiennes ou à la limite régulières de l’administration minière. C’est vraiment pas extraordinaire”, a-t-il affirmé.

L’ancien ministre a toutefois reconnu qu’il pourrait être “possible” de négocier certains aspects des contrats pétroliers, notamment sur l’approvisionnement en gaz local face au contexte de guerre entre l’Iran et les États-Unis.

Interrogé sur les commissions d’enquête parlementaire annoncées par Ousmane Sonko pour “faire rendre compte” à ceux qui ont signé des contrats, Ngouille Ndiaye s’est montré serein : “Aucune souffrance particulière. C’est normal s’il ya des commissions d’enquête, les gens vont aller répondre. Nous répondrons, eux répondront également plus tard”.

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