Le désarroi des habitants de Thiancone Hiray à Matam

Situé dans le Diéry, à 5 km de la Route nationale 3, Thiancone Hiray est un village de la commune de Ogo (département de Matam). Avec une population estimée à plus de 1 900 habitants, les difficultés rencontrées par les populations ont pour noms : vol de bétail, cherté de la vie et enclavement.
MATAM – Au Fouta, le mois de Ramadan rime souvent avec la chaleur. Les températures très élevées constituent généralement un fardeau. Mais, cette année, la donne a quelque peu changé : depuis le début du jeûne, le climat est clément, au grand bonheur des populations. En ce lundi 2 mars, le ciel est enveloppé d’une couleur grisâtre, voilant l’astre du jour qui ne peut oser ses rayons.
Il fait beau temps pour les jeûneurs. C’est une occasion idéale pour une incursion dans le village de Thiancone Hiray, situé dans le Diéry, au cœur de la commune de Ogo. Pour s’y rendre à partir de Ourossogui, il faut emprunter la Nationale 3 en direction de Thiancone Boguel. Après quelques kilomètres, le véhicule bifurque à droite pour s’engager sur une piste rurale de 5 km. Un véritable supplice entre nids-de-poule et poussière dense.
En arrivant à destination, on découvre un mélange de belles villas et d’habitations en banco. Cette architecture offre un décor pittoresque mêlant tradition et modernité. En foulant le sol, il est difficile de marcher sans piétiner les bouses de vaches ou autres excréments de bétail dispersés un peu partout. Ici, l’élevage demeure la principale activité et chaque foyer possède ses bêtes. Cependant, la population est confrontée au fléau du vol de bétail. Mamadou Samba Ba, le nouveau chef du village « intronisé » en 2022, affirme que ce délit est devenu monnaie courante dans la zone.
« Chaque année, nous enregistrons des centaines de moutons ou de vaches dérobés », dénonce-t-il. Face à cette insécurité, le septuagénaire interpelle les autorités.
Dans cette partie du Diéry, les habitants travaillent également la terre pour assurer leur survie, mais ne cultivent que pendant l’hivernage. « Cette année, nous avions bien commencé la saison, mais notre espoir a été brisé par les oiseaux granivores », déplore Mody Dia, un habitant, souligné que la campagne a été prématurément compromise. Fatimata Dia abonde dans le même sens : « L’envahissement des oiseaux a impacté négativement les récoltes, avec pour corollaire des rendements faibles ». Selon elle, cette situation rend le coût de la vie difficile à supporter pour les ménages modestes, déjà éprouvé par la cherté des denrées de première nécessité.
À Thiancone Hiray, se déplacer reste un défi, surtout durant la saison des pluies. La localité est traversée par un ravin qui complique les mouvements. « Nous ne pouvons pas vaquer correctement à nos occupations parce que nous sommes coupés du reste du pays », dénonce le chef du village. Pour lui, il est impératif de construire une passerelle de franchissement. Dans la même dynamique, il réclame l’aménagement d’un axe bitumé dépendant du village à la route nationale.
Un Cem, une demande sociale
Le secteur de l’éducation n’est pas épargné. La bourgade dispose de deux établissements : une école élémentaire et une école franco-arabe. Cependant, elle ne possède pas de collège. Les élèves admis en classe de sixième doivent parcourir chaque jour plus de 5 km pour suivre les cours à Thiancone Boguel. « Nous étudions dans des conditions extrêmement difficiles. Il faut se lever tôt et marcher des kilomètres pour espérer arriver à l’heure », raconte Ibrahima Bâ, élève en classe de 5e. Une situation insupportable, surtout lors de la forte canicule. Soucieux de la réussite de leurs enfants, les parents réclament l’érection d’un Collège d’enseignement moyen (Cem).
Ici comme ailleurs, les femmes aspirent à plus d’autonomie. Aminata Ndiaye, présidente de la Fédération des organisations de femmes « Jokkere endam » (Tisser des liens), confie qu’elles sont de véritables forçats de la terre, s’activant dans le maraîchage. Cependant, le déficit d’eau freine leurs ardeurs. « Nous sollicitons le soutien des autorités pour la construction d’un mini-forage ou d’un puits », lance-t-elle, précisant que l’usage de l’eau du robinet est trop onéreux.
Mme Ndiaye a également abordé la question du sous-emploi des jeunes. « Il faut encourager les initiatives entrepreneuriales en mettant l’accent sur la formation et la formalisation », propose-t-elle. Cette démarche permet, selon elle, de fixer la jeunesse et de lutter contre le chômage.



