« Deux ans de difficultés, le pays est au bord du gouffre », la réponse de Maguette Ndoye à Maguette Séne

Monsieur le maire de Malicounda, député à l’Assemblée nationale. Votre intervention relative à la revue de la cohérence territoriale comporte une contradiction majeure. En effet, votre argumentaire tend à justifier une réduction du nombre de communes, alors même que vous présentez cette perspective comme un recul démocratique.
Il convient de rappeler un principe fondamental : lorsqu’on transfère des compétences et des charges à une personne morale, il est impératif de lui donner les moyens d’assumer pleinement ses missions. Cela implique une rationalisation du nombre de collectivités, afin de garantir la soutenabilité financière du système.
À cet égard, il suffirait d’augmenter de 50 milliards le budget actuel de 250 milliards délégué au ministère des Collectivités territoriales, pour atteindre 300 milliards. Une telle enveloppe permet d’allouer, à titre indicatif, près de 500 millions de francs CFA à chacune des 557 communes et des 45 départements. Votre raisonnement passe sous silence un principe essentiel : celui de l’équité dans la répartition des ressources publiques.
S’agissant de la crise universitaire, il est inexact de laisser croire à une absence d’initiative de l’État. Au contraire, une politique de désengorgement de l’université Cheikh Anta Diop est en cours, avec la montée en puissance des universités régionales, notamment à Tambacounda et à Kaffrine. Parallèlement, une réforme du système de bourses est engagée afin d’en assurer la soutenabilité.
Concernant la dette et les difficultés de paiement que vous évoquez, il est important de rappeler qu’elles trouvent leur origine dans votre propre gestion passée. Dans un tel contexte, la retenue et le sens des responsabilités devraient vous conduire à plus de mesure, au regard des souffrances que vivent aujourd’hui les ménages et du chômage qui affectent durablement la jeunesse.
Affirmer que le Sénégal serait « au bord du gouffre » relève d’une exagération irresponsable. Un pays véritablement au bord du gouffre ne saurait maintenir ses équilibres financiers, sans programme avec les institutions de Bretton Woods (FMI).
S’il existe des difficultés, il convient d’en analyser les causes avec honnêteté. Elles trouvent en grande partie leur origine dans un patrimoine marqué par une gestion peu rigoureuse et une vétusté des ressources publiques, tant au niveau national que local.
Avant de dresser un tableau excessivement sombre de la situation nationale, il serait également pertinent d’examiner la gestion locale. À Malicounda, les problématiques foncières sont bien connues : cessions de terres contestées, engagements non respectés, populations en attente de justice. Les cas des 100 hectares liés à la centrale solaire, des 10 hectares de Roff, des 18 hectares de Nianing, ainsi que la question des 40 % prélevés lors des morcellements, illustrent des préoccupations persistantes.
Dans ce contexte, certaines de vos déclarations apparaissent pour le moins infondées et suscitent une vive incompréhension.
À l’heure où les principes de transparence et de bonne gouvernance sont affirmés à travers le triptyque « Jub, Jubal, Jubanti », la vérité ne manquera pas d’émerger, notamment à la faveur des audits annoncés.
Maguette Ndoye Ndiaye,
Pastef Malicounda, membre du Moncap SPS.



