CAFarnaüm ! | SènePlus

Dans les couloirs feutrés de la Confédération africaine de football (Caf), il semble que la lumière fonctionne très bien. Pourtant, vu de l’extérieur, on a l’impression que tout se décide dans le pénombre. La dernière illustration en date ? La décision du Jury d’appel d’attribuer le titre de la Can 2025 au Maroc sur tapis vert, retirant ainsi le sacre au Sénégal qui a pourtant triomphé de haute lutte au soir du 18 janvier 2026, à Rabat. Une tendance qui tombe comme un cheveu dans la soupe, pour ne pas dire dans la thiéboudienne, et qui a réussi l’exploit rare de mettre quasiment tout le monde du football d’accord…contre elle.
Car depuis cette annonce, le microcosme du ballon rond africain ressemble à une tribune de supporters un soir de finale injustement arbitrée : ça siffle, ça gronde, ça ironise. Des journalistes aux anciens joueurs, des observateurs aux supporters, le verdict est accueilli avec un mélange d’incompréhension et de sarcasme. Bref, l’indignation est générale. Un exploit diplomatique en soi (pour rester poli). Mais au fond, fallait-il s’attendre à autre chose ? Tout a été fait avant, pendant et après la compétition pour satisfaire un pays au détriment des autres.
À la CAF, la transparence semble être aussi théorique qu’une Var sans écran. Le processus d’appel censé éclairer les décisions et renforcer la confiance, s’est transformé en boîte noire. Qui a dit quoi ? Sur quels éléments ? Selon quelle interprétation ? Mystère et ballon rond ! On a même fait croire que certains avaient participé et appuyé la décision alors qu’ils étaient au chaud chez eux. Notre ami djiboutien se reconnaitra. Dans ce dossier, le problème n’est pas seulement la décision, fortement discutable et qui remet en cause la pérennité des décisions arbitrales. Le problème se situe également dans la manière. L’opacité qui entoure la procédure donne l’impression d’un verdict tombé du ciel administratif, sans ce minimum de clarté qui permettra au football africain d’avancer sans soupçon. Et c’est bien là que le bât bénisse.
Depuis plusieurs années, la gouvernance de la Caf ressemble trop souvent à ce mot qui inspire aujourd’hui cette chronique : capharnaüm. Un mélange de procédures floues, de décisions contestées et de larbinisme. Oui, tout semble toujours être fait pour plaire au Maroc. D’ailleurs, ce n’est pas nouveau. Souvenez-vous bien. En 2014, le Royaume chérifien avait décidé de ne plus organiser la Can 2015 à cause du virus Ebola. Le Maroc a ensuite été disqualifié de cette édition, puis des deux éditions suivantes (2017 et 2019). Cependant, comme par magie, et sans que personne ne comprenne, la Caf avait annulé la disqualification pour les Can 2017 et 2019.
La Confédération africaine de football est donc un système où l’on annonce des verdicts comme on publie la météo : sans trop expliquer pourquoi il pleut. Résultat, au lieu de renforcer son autorité, l’instance continentale nourrit la défiance. À tel point qu’une pétition a été lancée en ligne pour sa dissolution. Au lieu d’éteindre les polémiques, elle les alimente. Et au lieu d’écrire une belle page du football africain, la Caf donne l’impression de feuilleter un manuel administratif dont personne ne comprend vraiment les règles. Le monde entier se moque actuellement de l’Afrique. Afropéssimisme, afromépris, afrodédain, et même racisme. Tout est jeté à la figure de notre cher continent, tout cela à cause de l’organisme qui est censé gérer notre football.
Alors oui, dans ce CAFarnaüm, le titre de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) a peut-être trouvé un nouveau propriétaire (temporaire, ne vous y trompez pas chers Marocains). Cependant, dans l’opinion du football africain, c’est une autre compétition qui semble avoir été remportée : celle du flou, de l’incompréhension et des décisions qui font levier plus de sourcils que de trophées. Il fallait tout faire pour satisfaire le Maroc tout-puissant.
Et dans cette compétition-là, la Caf reste, année après année, étonnamment constante, hélas !


